Vittorio Valentino

Vittorio Valentino
 
Le panorama méditerranéen à travers
les écrivains migrants qui l’habitent
 

“ ‘o sciore cchiu felice è ‘o sciore senza radice
corre comme ‘o cane senza fune, ‘o sciore senza padrune.

o sciore cchiù felice è l’ommo senza radice
corre comme ‘o cane senza fune chist’ommo senza padrune
nuje simmo senza padrune”  
            

(La fleur la plus heureuse est celle sans racine,
elle cours comme un chien sans laisse, la fleur sans maître  

La fleur la plus heureuse est l’homme sans maître
elle court comme un chien sans laisse, cet homme sans maître.
Nous n’avons pas de maître)   

 

(Almamegretta, “‘O sciore cchiu felice”, Sanacore , 1995)

 
              Il existe, dans notre simple façon d’observer une carte géographique, un procès d’attribution de « différences » entre les diverses parties du planisphère devant nos yeux, qui existe peut-être, par des automatismes de notre esprit. Automatismes issus sûrement du bagage des connaissances subjectives que nous possédons, et des impressions que nous éprouvons. De façon plus objective et de tout temps, nous pouvons prendre en compte les éléments de diversité, tout d’abord physiques (étendue du territoire, population), puis culturelles (langue, traditions, mœurs, religion).
              Toutefois dans notre ère de grandes communications, de déplacements de capitaux et de marchandises, une dimension spécifique se fait entendre plus que les autres, la dimension économique. Celle-ci, plus que le climat, que les conflits, que les colonisations, nous montre un monde plus que jadis divisé en deux parties, tant idéales que géographiques, le Nord et le Sud.
              Si une dichotomie a toujours existé, aujourd’hui elle ne se fonde plus simplement sur la pauvreté et sur la colonisation, mais sur les conséquences de celle-ci : possibilité décisionnelle médiocre, niveau d’instruction et d’infrastructures très bas, situation post-coloniale très difficile. Nous parlons ici du ou des Sud(s) du monde, dont les frontières sont évidemment très nuancées, mais peuvent se situer autour et au-dessous de l’Équateur, ligne-création tant imaginaire qu’efficace.
             Parmi les nombreuses zones auxquelles ces considérations sont applicables, le bassin méditerranéen peut être un espace exemplaire, doté d’une spécificité et d’une réalité propre et unique, pour comprendre les dynamiques Nord-Sud de ces dernières années, dans un panorama très complexe du aux cultures, sensibilités, croyances religieuses, toutes différentes. Paul Valéry a su résumer en quelques mots fondamentaux ces lieux, qui sont les siens. Penseur, poète et philosophe, parle, dans Inspirations méditerranéennes, de cette palette d’énergies et de forces intellectuelles :
 
Ces peuples entretinrent des rapports de toutes natures : guerre, commerce, échanges, volontaires ou non, de choses, de connaissances, de méthodes ; mélanges de sang, de vocables, de légendes ou de traditions. Le nombre des éléments ethniques en présence ou en contraste, au cours des âges, celui des mœurs, des langages, des croyances, des législations, des constitutions politiques ont, de tout temps, engendré une vitalité incomparable dans le monde méditerranéen.1
 
               La concomitance d’éléments intellectuels et matériels d’exception font de ce bassin fermé un exemple d’échanges et d'interactions : en effet, voulus ou non, des flux migratoires ont toujours caractérisé la « morphologie humaine et politique» de ces côtes depuis l’Antiquité, à travers l’esclavage ou la recherche de ressources vitales. Les changements imposés à ces populations sont imputables à des fractures profondes qui viennent de loin – des guerres de religions ou de l’exploitation exercée sur les colonies par les puissances européennes – et se prolongent au vingt-et-unième siècle, pesant sur toutes perspectives futures.
              À ce jour, les conflits jamais résolus mettent en évidence les différences, beaucoup plus que les caractéristiques communes ; ainsi des événements internationaux comme la fin de l’URSS, la guerre dans les Balkans, le conflit israélo-palestinien, ou les attentats du 11 septembre, se reflètent dans cette mer et amplifient les contrastes. Ces contrastes s’accompagnent du retard des pays du Sud du bassin par rapport à ceux du Nord, qui sont à la fois en décalage par rapport au Nord de l’Europe. L’écrivain Pedrag Matvejevic nous éclaire à ce sujet dans Méditerranée :
 
L’image qu’offre la Méditerranée est loin d’être rassurante. En effet, sa côte nord présente un certain retard par rapport au nord de l’Europe, sa côte sud par rapport au nord. L’ensemble du bassin  peine à s’arrimer au continent, tant au nord qu’au sud. Peut-on considérer cette mer comme un véritable ensemble sans tenir compte des fractures qui la déchirent : Palestine, Liban, Chypre, Maghreb, Balkans, ex-Yougoslavie ?2
 
           Cette vision pose la question de l’ensemble méditerranéen en même temps que celle d’une mer-frontière, compte tenu des nombreuses fractures entre les Etats. L’auteur veut donc dénoncer une fermeture européenne vers la Méditerranée. Une sorte de nationalisme qui crée un éloignement, qui peut creuser de façon définitive un fossé, par manque de dialogue véritable Nord/Sud. Un dialogue-pont qui soit le point de rencontre entre traditions et futur : à ce sujet l’auteur nous explique qu’ « une identité de l’être, en s’amplifiant, éclipse ou repousse une identité du faire, mal définie », car « la rétrospective continue à l’emporter sur la prospective »3.
           En ce début de XXIe siècle, la situation n’a pas fondamentalement évolué. Par conséquence, des grandes masses de populations passent, principalement, des côtes du Sud vers celles du Nord, mais aussi d’Est vers Ouest, avec des motivations semblables : la recherche d’une autre vie, d’un travail plus adéquat à la survie, la préservation de la vie même, mise en péril par des guerres ou des persécutions politiques ou religieuses.
          Pour comprendre l’ampleur du phénomène nous avons certainement besoin d’hommes et de femmes qui vivent cette situation dans leur peau. Qui pourrait nous éclairer aujourd’hui sur la situation actuelle ? Quelle mesure pouvons-nous utiliser pour évaluer l’impact de cette migration de masse sur les habitudes et le territoire de ceux qui partent et ceux qui reçoivent ces immigrés ?
          Je crois fermement que les livres, les écrivains, les critiques et essayistes, les histoires écrites ou juste racontées, soient la mesure fondamentale pour percevoir ces changements, dans un monde, un univers donné, comme celui de la Méditerranée. En effet, les chercheurs universitaires contemporains ont su mettre en place des initiatives afin de discuter et valoriser les points d’union de cet espace-bassin de cultures diverses. Le discours sur la présence (ou non) d’un ensemble méditerranéen formulé par Pedrag Matvejevic, ou la pensée méridienne de Franco Cassano, en sont la preuve. Ce dernier, professeur de sociologie de la connaissance, propose une « pensée du Sud, un Sud qui pense le Sud, cela signifie se rendre le plus autonome possible à l’égard de cette gigantesque mutation, […]. Cela signifie ne plus penser le Sud, ou les Suds, comme une périphérie anonyme de l’empire »4. Se sentir du Sud signifie se regarder avec un potentiel, une force et un savoir déjà acquis. Faire parti d’une force antique, signe de progrès, d’ouverture :
 
La pensée méridienne, c’est cette pensée que l’on commence à sentir en soi là où commence la mer, quand la rive interrompt les intégrismes de la terre – in primis, celui de l’économie et du développement, quand on découvre que la frontière n’est pas un lieu où le monde finit, mais où les différences se touchent et où le jeu du rapport à l’autre se fait difficile et vrai […]la pensée méridienne est née sur la Méditerranée, sur les côtes de la Grèce, quand la culture grecque s’est ouverte aux discours contradictoires. Au début il n’y a jamais l’un, mais les deux ou les plusieurs. On ne peut recomposer les deux en un : […] il s’agit seulement d’éviter que les « deux » s’écartent l’un de l’autre jusqu’à désirer leur destruction réciproque ; il faut faire en sorte qu’ils continuent à parler […].5
 
Franco Cassano, dans son discours, met en évidence les mouvements et les dialogues nécessaires, ainsi que les prises de conscience qui en découlent. Chaque parole de papier ou non, porte une voix ; chaque voix est le reflet du changement opéré en soi pour mieux vivre avec l'autre.
           Prendre donc les voix et les considérations des écrivains-migrants signifie s’approprier, utiliser le don de l’expérience de ces hommes et femmes, voyageurs, ouvriers, militants ou réfugiés, qui ont décidé d’amener leur vécu, d’écrire leurs histoires, sous forme de romans, poésie,… Cela par nécessité, tel un testament, un guide indélébile, après cette traversée.
             Durant ces dernières années, au sein du bassin méditerranéen, il est extrêmement compliqué de rassembler toutes ces voix. Une partie d’elles a malheureusement disparu dans les abîmes de cette mer unissant les peuples, mais qui sait aussi en engloutir une partie dans des traversées susdites, accomplies très souvent avec des moyens de fortune : ces vingt dernières années, nous pouvons estimer à environ 30.000 les victimes (morts ou disparus) des traversées en Méditerranée du Sud vers le Nord. Des voix qui resteront à jamais silencieuses. 
           Si les éléments qui amènent à ce phénomène migratoire sont à attribuer aux fractures présentes dans cet espace si densément habité, c’est justement ici qu’une voix nouvelle, une littérature, une philosophie, issue de l’immigration peut intervenir et s’affirmer comme une réponse aux grandes fractures qui divisent les États. En effet, cette voix vient de loin, fondant ses origines dans les penseurs du début du siècle, comme Valéry, qui ont voyagé et exploré les côtes et en ont dégagé une idée, une pensée concrète. Valéry, dans le texte cité auparavant, affirme une vision d’unité, un dynamisme culturel commun qui part de l’antiquité et fonde tout ce qui est aujourd’hui notre mode de vie :
 
Qu’il s’agisse de lois naturelles ou de lois civiles, le type même de la loi a été précisé par des esprits méditerranéens. Nulle part ailleurs, la puissance de la parole, consciemment disciplinée et dirigée, n’a été plus pleinement et utilement développée : la parole ordonnée à la logique, […] c’est ici que la science s’est dégagée de l’empirisme et de la pratique, que l’art s’est dépouillée de ses origines symboliques, que la littérature s’est nettement différenciée et constituée en genres bien distincts6
 
             À travers l’importance de cette parole commune, qui dépasse les langues et les pays, nous pouvons arriver à une pensée commune, tournée vers une véritable appartenance mais aussi un développement de cet espace. Une pensée qui se transforme et s’adapte à notre temps à travers les nouveaux écrivains, penseurs, chercheurs, qui peuvent agir pour un rapprochement entre le « nous » et « l’autre ». Une nouvelle parole d’unité, qui agisse de l’intérieur, en utilisant l’immigration comme expérience, et la force des mots, comme arme pour dénoncer l’intolérance, mais aussi observer tous les phénomènes qui se présentent au contact des peuples, à notre époque.
            Prendre la parole dans ce contexte, comme nous l’avons vu pour Franco Cassano, veut dire exprimer une vision sur les composantes de son temps. L’auteur s’exprime durement, et sa parole agit elle aussi comme une arme, pour remuer les consciences, mettre en lumière la marginalisation que le Sud de l’Europe et de la Méditerranée a subi au sein même de sa société, par une sécularisation et une inertie individualiste :
 
La liberté et le bonheur se sont de plus en plus identifiés au souci exclusif de notre bien-être privé, de notre intérieur domestique douillet : même si à l’extérieur les espaces verts se dégradent, nous pouvons toujours décorer nos balcons, parfumer et purifier l’air dans nos maisons et dans nos voitures en le rendant irrespirable dehors, nous pouvons écouter des sermons contre la société de consommation prononcés entre deux spots publicitaires, nous aventurer au cœur de la nuit dans des programmes culturels, comme des réfugiées égarés dans un monde qui considère la pensée comme le stade intermédiaire entre la dépression et la répression.7
 
Cette expression dénonce la présence d’une mentalité et d'une façon de vivre, propre au Sud, qui a amené un grand nombre d’individus à le quitter. Mais elle marque aussi une prise de conscience des intellectuels contemporains qui arpentent plusieurs terrains : idéologique et philosophique, social et historique. Nous parlons en effet de conséquences relatives à la migration, mais aussi à la mer, à sa poésie unie, au danger qu’elle porte en elle. Dans ce même ouvrage, nous trouvons par exemple la force d'une pensée qui mêle poétique et sociologie :
 
La mer réalise une percée qui ouvre l’esprit à l’idée de départ, à l’expérience d’une infidélité qui rend la fidélité incertaine mais aussi plus grande et complexe, qui invente la nostalgie, cette douleur et ce désir de la patrie qui font d’elle une patrie intérieure, camarade de voyage de tout voyageur. Elle fait de chaque homme un étranger et de chaque étranger un homme, elle fait de la scission une camarade, elle fait de nous l’hôte de plus d’une âme.8
 
             Nous avons ici la présence d’une littérature intellectuelle, qui sait unir l’aspect humaniste à l’aspect scientifique de l’exploration du phénomène migratoire. Je ne pense pas que cette sensibilité de la part d’un intellectuel italien soit le fruit d’une simple coïncidence, car le cas italien est sûrement un des plus significatifs au sein de ce panorama culturel. La position géographique de la péninsule italienne, plantée au milieu de la mer comme un pont, un bras tendu vers toutes les côtes de la Méditerranée, en fait une base d’observation privilégiée. Ces vingt dernières années, nous avons assisté au changement radical de l’Italie qui est passée du statut de « pays d’émigration » à celui de « pays d’accueil », confronté à un phénomène d’immigration massive, provenant surtout, des pays de l’est et d’Afrique. Aucun intellectuel n'a donc pu rester muet, comme le montre Angela Biancofiore, lorsqu'elle résume lucidement la situation, en 2006 dans la revue littéraire Narrativa :
 
Le nostre coste, soprattutto la Puglia, la Calabria e la Sicilia, stanno vivendo da alcuni anni e con un ritmo serrato l’arrivo di popolazioni straniere. La situazione è carica di tensione, sia con le forze dell’ordine, sia con le popolazioni locali che non sono pronte ad accogliere un tale flusso migratorio in regioni spesso caratterizzate dalla povertà e dalla disoccupazione.9
 
(Nos côtes, surtout celles des Pouilles, de la Calabre et de la Sicile, vivent depuis plusieurs années, l’arrivée de populations étrangères à un rythme très élevé. La situation est très tendue, qu’il s’agisse des forces de l’ordre ou des populations locales qui ne sont pas prêtes à accueillir un tel flux migratoire dans des régions souvent caractérisées par la pauvreté et le chômage.)
 
             La forte vague des année 1980 et surtout 1990 a laissé un signe fort, car elle a commencé à changer l’identité de tout un pays, en lui donnant, en même temps, la mesure de ses limites: des ressources insuffisantes, une situation de précarité au niveau national, des contextes  sociopolitiques locaux très durs comme celui du Sud de l’Italie. Voilà pourquoi l’Italie demeure encore un exemple fondamental, car elle connaît et a connu plusieurs cas de figure: tout d’abord une émigration, généralisée à tout le pays, puis un passage en pays d’accueil, le tout dans une situation de disparité interne Nord-Sud très importante.
              Mais qu’en est-il des écrivains que nous avons cités ? De quoi se sont-ils occupés et que disent leur voix ? Là aussi, nous pouvons nous occuper d’abord de la situation en Italie, depuis l’émergence de cette réalité nouvelle, en tenant compte de deux aspects distincts mais interconnectés. Le premier aspect est sûrement celui des écrivains italiens qui se sont penchés sur la question de la migration après avoir vécu eux-mêmes cette expérience, et nous ne pouvons pas éluder Erri De Luca, écrivain, ouvrier et militant napolitain qui a émigré de son Sud et qui nous trace un panorama social exemplaire et fondamental. Il a, en effet, accompli, tout autour de la Méditerranée, une série de voyages pour travailler ou apporter de l'aide humanitaire. De Luca nous rapporte sa situation d’émigrant, mais aussi d’homme commun qui est entré en contact avec « l’autre », si proche mais parfois si éloigné. Après l’Afrique, l'Europe de l’Est, ou le Moyen-Orient, il a décidé d’écrire pour ancrer sa parole, ses impressions, ses observations, raconter sans prophétismes, la beauté et les difficultés des populations qu’il a rencontrées. Son regard acquiert au fil des pages de l'importance car c’est celui d’un homme, parti d’un Sud difficile, en phase de mutation, vers un autre Sud tout aussi complexe et dur. Ses années de militance de gauche apportent un regard critique, lucide, sur son présent mais aussi sur le futur possible de tout le bassin méditerranéen. Déjà en 1995, dans Rez-de chaussée, De Luca perçoit le changement qui s’opère :
 
Un tempo, anche noi nati sotto il Volturno ci dicevamo del sud. […]. Fornivamo braccia a buon mercato alle Americhe, alle miniere, alle acciaierie. Vendevamo sale, lavoravamo da bambini e sul lungomare tiravamo reti lontane con corde grosse come braccia. […]. Non dovevamo più partire verso l’inferno straniero, ora ce l’avevamo in casa. Eravamo ancora del sud e ci piaceva dirlo, scrivercelo addosso quando con quel nome di fabbrica passavamo nelle piazze d’Italia intorno a un palco. Eravamo la Questione Meridionale, […].
 
Autrefois nous aussi, nés au pied du Volturno, nous nous disions du Sud. […] Nous fournissions des bras bon marché aux Amériques, aux mines, aux aciéries. Nous vendions du sel, nous travaillions dès l’enfance et au bout de la mer nous tirions de lointains filets avec des cordes grosses comme des bras. […]. Nous ne devions plus partir vers l’enfer étranger, nous l’avions maintenant chez nous. Nous étions encore du Sud et nous aimions le dire, nous l’écrire dans le dos lorsqu’avec cette marque de fabrique nous passions sur les places d’Italie pour manifester autour d’une tribune. Nous étions la question Méridionale, […].10
 
             Déjà au milieu des années 90, De Luca fait un parallèle avec ses années 70 de militance, et trace une parabole significative : le Sud tel qu’il a connu à cette époque a changé, il s’est déplacé en créant de nouvelles disparités. La situation italienne est un exemple car  elle marque cette frontière du changement. Malgré la situation toujours difficile du Sud de l’Europe et de l’Italie, la vraie pauvreté, qui s’exprime par le déplacement des masses de la population a changé de demeure et a marqué sa différence à travers un mur d’eau, celui de la Méditerranée, mur à franchir absolument, pour commencer à vivre et à espérer. De Luca affirme plus loin :
 
Intanto le nostre città si popolano di un sud mobile. Le stazioni, le prigioni, i ponti, i sottopassaggi e i semafori ci mostrano a domicilio il sud. Noi non lo siamo più.
 
En attendant, nos villes se peuplent d’un sud mobile. Les gares, les prisons, les ponts, les passages souterrains et les feux de signalisation nous montrent le Sud à domicile. Ce n’est plus nous qui le sommes.11
 
Ce Sud mobile représente donc une partie importante de notre population, qui vit désormais d’expédients et de clandestinité. La poétique de De Luca dénonce une situation qui, dix ans après, n’a pas changé : en 2005, l’auteur publie Solo andata righe che vanno troppo spesso a capo12 (Aller simple, des lignes qui vont trop souvent à la ligne), en deux parties : un roman en vers (Solo andata / Aller simple), et un cycle de poésies (Visite / Visites).
 Il met en scène une partie du paysage social méditerranéen, avec leurs souffrances et leur ndignation face à ces injustices. De Luca imagine un voyage dramatique et vraisemblable, d’un groupe de clandestins en route vers les côtes du Nord :
 
Non fu il mare ad raccoglierci,
noi raccogliemmo il mare a braccia aperte.
Calati da altopiani incendiati da guerre e non dal sole,
traversammo i deserti del Tropico del Cancro.[…]
Dicono: siete sud. No, veniamo dal parallelo grande,
dall’equatore centro della terra.
La pelle annerita dalla più dritta luce,
ci stacchiamo dalla metà del mondo, non dal sud.13
 
(Ce ne fut pas la mer qui nous recueillit,
mais nous recueillîmes la mer les bras ouverts.
Descendus de hautes plaines incendiées par les guerres et non pas par le soleil,
Nous traversâmes les déserts du Tropique du Cancer.[…]
On nous dit : vous êtes le sud. Non, nous venons du grand parallèle,
de l’équateur, centre de la terre.
La peau noircie par la plus droite des lumières,
nous nous détachons de la moitié du monde, pas du sud.)
 
Ces mêmes individus qui accomplissent ces exténuantes traversées décident parfois d’entreprendre un travail qui est peut-être « cathartique », celui de raconter. Nous parlons ici d'un autre aspect de la littérature de la migration, de ces hommes et femmes qui ont décidé d’écrire dans la langue de leur pays d’accueil pour parler de leur expérience de départ, d’arrivée et d’intégration dans cette nouvelle vie dans ce nouvel état ou parfois continent-monde, celui de l’espoir.
            Ce phénomène a commencé dès le début des années 90 dans des pays où l'immigration est un phénomène nouveau : c’est le cas par exemple de l’Italie, de l’Espagne ou de la Grèce. Se pencher sur la péninsule italienne est le moyen d’avoir l’exemple d’une culture mixte en construction, une culture « en devenir », digne ainsi de toute notre attention, comme parfait terrain d’exploration.
             Nous devons toutefois d’abord citer ceux qui ont recueilli, dès leurs bourgeonnements, les premières écritures migrantes, comme Armando Gnisci, qui a compris l’importance des récits de migrants, leur possibilité d’expression et leur potentiel narratif, pour explorer au mieux le phénomène migratoire. Ce professeur universitaire de littérature comparée à l’université de Rome La Sapienza, est le premier, en Italie, à avoir utilisé le terme créolisation dès 200314 pour décrire l’avènement de la littérature de la migration. Dans l’introduction à cet ouvrage, au titre très explicite « Prima ondata » (Première vague), nous retrouvons toute l’importance et le poids donné à ces changements :
 
In Italia viviamo in diretta e all’urto l’esperienza della prima ondata dei migranti e dei loro scrittori e artisti. Essi vivono tra due mondi e, a voler essere precisi, non appartengono a una “prima generazione”, che sarebbe (e che sarà) piuttosto quella generata sul nuovo suolo, “prima indigena e creola”. Parlo, invece, propriamente di scrittori della migrazione in Italia di prima ondata, perché essi portano con sé e comunicano l’esperienza di chi ha vissuto, e continua a vivere nella memoria la prima parte della propria esistenza altrove, un altrove che era, e rimane, comunque patria, e la seconda la vive da qualche anno in una nuova lingua15
 
(En Italie nous vivons en directe et à la façon d’un choc l’expérience de la première vague des migrants et de leurs écrivains et artistes. Ils vivent entre deux mondes et, pour être précis, n’appartiennent pas à une « première génération », qui est (et qui sera), plutôt celle engendrée sur le nouveau sol, « première indigène et créole ». Je parle, au contraire, proprement d’écrivains de la migration en Italie provenant d’une première vague , car ils portent en eux et communiquent l’expérience de celui qui a vécu, et continue à vivre dans la mémoire la première partie de son existence ailleurs, un ailleurs qui était, et qui reste, de toute façon la patrie, et la deuxième patrie, depuis quelques années, dans une nouvelle langue.)
 
A. Gnisci prend d'abord conscience de la situation puis évoque la possibilité de « cueillir de façon contemporaine et participer au phénomène de la naissance d’une forme de littérature créole ». Nous nous trouvons donc ici devant un effort dynamique de participation active et non d’attente ou d’observation. La prise de conscience implique donc une aide absolue à la naissance et à l’épanouissement de cette nouvelle forme d’écriture. De nouveau Gnisci met l’accent sur les possibilités du « cas italien » dont nous avons parlé auparavant :
 
Da un certo punto di vista, insomma, siamo indietro rispetto all’Inghilterra, alla Francia e alla Germania, che conoscono una letteratura della migrazione di seconda e terza generazione, ma, per altro verso, siamo all’avanguardia, perché in quelle nazioni il fenomeno non fu colto fin dal primissimo apparire. […] come italiano e come letterato, ho risposto mettendomi in corsa al suo primo manifestarsi all’inizio degli anni Novanta del secolo scorso.16
 
(D’un certain point de vue, en somme, nous sommes en retard par rapport à l’Angleterre, à la France et à l’Allemagne, qui connaissent une littérature de la migration de deuxième et troisième génération, mais d’un autre coté, nous sommes à l’avant-garde, car dans ces nations le phénomène ne fut perçu dès son apparition. […] en tant qu’italien et littéraire, j’ai répondu en me mettant dans la course à ses premières manifestations au début des années 90 du siècle dernier.)
 
            Les essais de Gnisci révèlent les efforts faits par les intellectuels pour saisir le temps présent. Il met ainsi en évidence l’importance de la littérature de la migration dans toute la Méditerranée. Une volonté de comprendre émerge finalement dans la continuité, dans une série de passages et de mutations, de la première génération, peu étudiée, vers la nouvelle, qui incarne ce concept de créolisation. Dans un ouvrage plus récent, Nuovo Planetario Italiano17, l’auteur parle d’une intégration sans aucune barrière, fruit d’une histoire désormais commune :
 
Sostengo che i migranti, e i migranti scrittori così come gli scrittori-migranti, sono definiti nel loro importante ed eccezionale destino da loro stessi […]. Chi, invece, scrive, suona o fa cinema ed è figlio/a di migranti, partecipa direttamente alla incipiente creolizzazione dell’Europa. Fa parte di una nuova e importante storia comune, che comincia appena ad essere narrata.18
 
(Je soutiens que  les migrants, et les migrants-écrivains ainsi que les écrivains migrants, sont définis dans leur important et exceptionnel destin par eux-mêmes. […] Celui qui, par contre, écrit, fait de la musique ou du cinéma, est fils ou fille de migrants, participe directement au début de cette créolisation de l’ Europe. Il fait partie d’une nouvelle et importante histoire commune, qui commence à peine à être racontée.)
 
            La volonté d’aider, de soutenir la créolisation n’est pas fruit d’une volonté euro-méditerranéenne d’exploration et de mixité, mais pour ceux qui ont perçu son importance, comme l’utilisation courante du mot l’indique, va bien au-delà de cet espace. Nous ne pouvons nous empêcher de citer à ce propos l’écrivain-philosophe caraïbéen Edouard Glissant qui tout au long de son œuvre a participé au métissage des cultures. Dans un entretien pour Le Monde 2,  il évique ces événements en cours, commun désormais au monde entier, au-delà de notre espace méditerranéen :
 
Nous vivons dans un bouleversement perpétuel où les civilisations s'entrecroisent, des pans entiers de culture basculent et s'entremêlent, où ceux qui s'effraient du métissage deviennent des extrémistes. C'est ce que j'appelle le chaos-monde.[…]
La créolisation, c'est un métissage d'arts, ou de langages qui produit de l'inattendu. C'est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. La créolisation s'applique non seulement aux organismes, mais aux cultures. Et les cultures sont des corps beaucoup plus complexes qu'un organisme.[…] Quand je dis que le monde se créolise, toute création culturelle ne devient pas créole pour autant, mais elle devient surprenante, compliquée et inextricablement mélangée aux autres cultures. La créolisation du monde, c'est la création d'une culture ouverte et inextricable, et elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse…19
 
Le vrai pas en avant est tout de même celui qui transforme une « volonté » en « volonté éditoriale ». En effet, le fait de donner de l'espace et de la visibilité aux nouveaux écrivains migrants ne représente pas toujours une source de gain important dans le monde éditorial. Dans ce cas, le travail de Gnisci pour la créolisation italienne a été fondamental:
 
Si tratta della poetica che da anni vado sperimentando, della mutua decolonizzazione tra europei e stranieri migranti, anche attraverso la produzione di opere comuni. Questa via va in direzione opposta o antagonista rispetto a quella della critica, soprattutto giornalistica, che parla, dall’alto delle tribune del potere mediatico, di “ghettizzazione” degli scrittori migranti dentro alcuni miseri contenitori editoriali o promozionali a loro specialmente dedicati, osannando i “prodotti”, sia pur rari dei grandi gruppi editoriali.20
 
(Il s’agit d’une poétique que j’expérimente depuis quelques années, de la décolonisation mutuelle entre européens et étrangers migrants, même à travers la production d’œuvres communes. Cette voie indique une direction opposée ou antagoniste par rapport à celle de la critique, surtout journalistique, qui parle, du haut des tribunes du pouvoir médiatique, de « ghettoïsation » des écrivains migrants dans des misérables récipients éditoriaux ou promotionnels spécialement dédiés, en encensant les « produits » même si rares des grands groupes éditoriaux.)
 
            Cette décolonisation dont parle Gnisci est le moyen tant intellectuel que personnel pour s’affranchir de l’influence, directe ou indirecte, exercée sur les colonies, depuis que les grandes puissances coloniales, les ont quittées officiellement. La puissance libératrice de la parole, la possibilité expressive de la nouvelle langue s'affranchit donc du passé et des « anciennes » langues officielles comme le français. Toujours dans l’anthologie Nuovo planetario Italiano et dans cette même optique, un des écrivains migrants maghrébin qui s’est affirmé en Italie, Amara Lakhous, nous dit :
 
Le opere letterarie prodotte dalla migrazione maghrebina […] presentano alcune caratteristiche comuni. Prima di tutto il fatto di non essere scritte in francese, la lingua dei colonizzatori, ma in italiano […] L’altro che in questo caso è soprattutto la lingua della nuova terra […] alla quale nelle pagine di questi autori è riservato un posto speciale proprio perché rappresenta la chiave d’ingresso all’inaccessibile mondo degli altri, l’Italia.21
 
(Les œuvres littéraires produites de la migration maghrébine […] présentent certaines caractéristiques communes. Avant tout le fait de ne pas être écrites en français, la langue des colonisateurs, mais en italien […] L’autre qui dans ce cas est surtout la langue de la terre nouvelle.[…] à laquelle dans les pages de ces auteurs est réservé une place spéciale, justement parce qu’elle représente la clé d’entrée au monde inaccessible des autres, l’Italie.)
 
            Le Maghreb constitue une grande base de départ pour la migration méditerranéenne, mais aussi un témoignage important d’éléments liés à la migration et à l’intégration. En effet, de nombreux écrivains ont une intense activité littéraire qui dépasse leurs frontières : Tahar Ben Jelloun, par exemple, écrit en français, en italien et est traduit en des dizaines de langues. Des auteurs avec une plus faible visibilité continuent aussi à tisser le lien entre origines, présent et futur dans leur langue et surtout, comme nous l’avons dit, dans la nouvelle langue d’accueil.
           La situation des migrants arabes, loin de leur pays pour diverses raisons, économiques, idéologiques ou politiques, prend tout son sens au contact avec les autres réalités migratoires autour de l’Italie et de l’Europe. Nous devons également prendre en considération d’autres bouleversements très importants, qui ont provoqué la mobilité des populations en provenance des Balkans, suite à la dislocation de l’Union Soviétique, à la fin du régime de Hoxha en Albanie ou les guerres qui ont enflammé toute la péninsule balkanique. Ces désagrégations politiques, qui conduisent à de grands mouvements de masse, étalés sur des périodes plus ou moins courtes, font de l’Europe occidentale la destination migratoire première. Les points communs de toutes ces réalités nouvelles, sont nombreux : la nouvelle vie, de ces hommes et femmes, face aux « autres », aux différences, aux souvenirs de l’ancienne vie, les souffrances et les sensations ressenties sur le plan personnel et moral. Leur propre notion de vie quotidienne est transformée par l’éloignement de tout ce qui représente le monde connu. Le récit autobiographique reste donc le plus utilisé pour raconter le quotidien matériel mais aussi spirituel, pour faire entendre sa propre voix, exprimer et réaffirmer, la présence, l’existence, et le parcours d’intégration emprunté  par chacun dans la nouvelle culture, dans le nouveau pays, de façon transversale, peu importe la provenance de l’individu.
            Toute la volonté de raconter passe d’abord par un voyage dans lequel de nombreux migrants ont perdu beaucoup, parfois même leurs proches, leur espoir et leur dignité. Mais cet élan vient tout de même d’une force et d’un besoin d’écriture dans le but, peut-être, de construire et de se reconstruire totalement. Le poids du voyage ou l’emprisonnement dans le passé, dans la nostalgie, n’inhibent pas ces voyageurs, qui deviennent au fil des mots plus que des individus portant un bagage trop lourd derrière eux. Ils sont au final des militants pour un Sud meilleur, dans lequel il n’y aurait plus de place pour une mer-mur ou des traversées destructrices et incertaines.
            Les écrivains migrants sont le lien entre l’idée philosophique d’une Méditerranée commune et l’idée moderne d’ouverture et d’intégration, qui naissent dans un contexte européen de prise de conscience du phénomène, durant ces vingt dernières années, de ces conséquences mais surtout de ses causes. Un lien possible face à l’impossibilité de compréhension de l’ « autre », et face aux politiques inadaptées mises en place jusqu’à ce jour, se nourrissant seulement de haine et de répression, sans une véritable harmonie, entre les pays de départ et les pays d’accueil.
            Si dans notre travail de recherche, notre unité de mesure réside dans les mots des migrants, il est fondamental aujourd'hui de les prendre en considération non seulement comme une littérature, mais aussi comme un vrai appel pour un autre Sud, car ce Sud du monde n’est pas et ne doit pas être le seul Sud possible.
 
   
Bibliographie
Abate Carmine, Il mosaico del tempo grande, Mondadori, Milano,  2006.
 
Biancofiore Angela, "Stranieri al Sud : per una ridefinizione delle frontiere", Narrativa, Paris X, 2006.
 
Camus Albert, Noces suivi de L’Été, Éditions Gallimard,  Paris, 1959.
 
Cassano Franco, La pensée méridienne, Éditions de l’Aube, La tour d'Aigues, 2005.
 
De Luca Erri, Pianoterra, Quolibet, Roma 1995 (éd. fr. : Rez-de-chaussée,  Rivages, Paris, 1996).
 
De Luca Erri, Solo andata, Feltrinelli, Milano 2005.
 
Gnisci Armando (a cura di), Nuovo planetario Italiano, Città Aperta Edizioni, Troina, 2006.
 
Gnisci, Armando, Creolizzare l’Europa, Meltemi editore, Roma, 2003.
 
Matvejevic Pedrag,  Méditerranée, “Quaderni della Rivista di Letteratura di frontiera, Littérature de frontière”, 1, Studi in ricordo di Sergio Sacchi, a c. di G. Trisolini e G. Benelli, Bulzoni, Roma,1996.
 
Pasolini Pier Paolo, “Profezia”, in Poesia in forma di rosa, Garzanti, Milano, 1964.
 
Valéry Paul, "Inspirations méditerranéennes" [1933], Œuvres  I, Gallimard, Paris, 1960.

 

 

 

 

 


1. Paul Valéry, "Inspirations méditerranéennes", Œuvres  I, Gallimard, Paris , 1960, p. 1096-1097.
2. Pedrag Matvejevic, Méditerranée, “Quaderni della Rivista di Letteratura di frontiera, Littérature de frontière”, 1, Studi in ricordo di Sergio Sacchi, a c. di G. Trisolini e G. Benelli, Roma, Bulzoni,1996, p. 83-87.

3. Ibid. p. 84.

4. Franco Cassano, La pensée méridienne, Éditions de l’Aube, 2005, p. 14.

 

 

 

5. Ibid. p. 15.

6. Paul Valéry, "Inspirations méditerranéennes", p. 1097.

 

 

 

7. Franco Cassano, La pensée méridienne, op. cit. p. 30-31.

 

 

 

8. Ibid. p. 27.

 

 

 

9. Angela Biancofiore, "Stranieri al Sud : per una ridefinizione delle frontiere", Narrativa, Paris, 2006.

 

 

 

Les citations entre parenthèses sont traduites par l’auteur de cet article, car il n’en existe aucune traduction à ce jour.

10. Erri De Luca, Pianoterra, Quolibet, Roma 1995, éd. fr. : Rez-de-chaussée, Paris, Rivages, 1996, p. 23-24 dans “Più sud che nord”, éd. fr. p. 25-26 dans « Plus de Sud que de nord ».

 

 

 

11.  Ibid., dans “ Più sud che nord ”, p. 24-25, « Plus de Sud que de nord », éd. fr. p. 26-27.

 

 

 

12. Erri De Luca, Solo andata, Feltrinelli, Milano, 2005. Les parties entre parenthèses sont issue de ma traduction, car il n’existe aucune traduction à ce jour.

 

 

 

13. Ibid., p. 11 à 13.

 

 

 

14. Armando Gnisci, Creolizzare l’Europa, Meltemi, Roma, 2003.

 

 

 

15. Ibid. p. 7, ma traduction.

 

 

 

16. Ibid. p. 7-8.

 

 

 

17. Armando Gnisci (a cura di), Nuovo planetario Italiano, Città Aperta Edizioni, Troina, 2006.

 

 

 

18. Ibid. p. 31, ma traduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19. Le Monde 2, n° 46, Supplément au Monde n° 18641, vendredi 31 décembre 2004, La créolisation du monde est irréversible, entretien avec Édouard Glissant, p. 26-29.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20. Armando Gnisci (a cura di), Nuovo planetario Italiano, op. cit.,  p. 34-35.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21. Amara Lakhous, “Maghreb”, in Nuovo planetario Italiano, op. cit. p. 157.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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