Raffaele Cattedra

Raffaele Cattedra
 
La ville méditerranéenne en question
 
 
Introduction : pour une déconstruction du modèle
 
       Ce texte propose une réflexion sur le paradigme de « la ville méditerranéenne »1. La démarche suggérée ne tente pas de définir « la » ville méditerranéenne en tant que telle, en lui attribuant un statut d’acquis scientifique en soi. Paradigme à la fois fondateur et vulnérable, ce dernier s’affirme sur la durée, dans une dialectique qui articule pensée pluridisciplinaire sur l’urbain et invention scientifique de la Méditerranée. Nombre de travaux sur ce thème s’attachent pourtant à décrire un tel modèle, à le justifier dans une démarche « positive » a priori qui postule la réalité de l’objet, sans expliciter autrement qu’en termes idéologiques les fondements théoriques de son objectivation, de sa formalisation comme de son actualité (si nous adoptons la terminologie de Foucault)2. Il s’agit donc de s’interroger sur la généalogie3 et l’affirmation de ce paradigme, et de s’attacher à en montrer les limites, les avatars, voire la dimension mythologique, au-delà des faits qui paraissent en façonner la génération et la validité à l’heure actuelle.
       Mon hypothèse est que pour interpréter le « succès » de ce paradigme, il est essentiel de le situer par rapport à un double système de références. D’une part, par rapport à l’évolution des études urbaines, dans leurs relations aux divers savoirs disciplinaires (des sciences sociales à l’orientalisme) et d’autre part, par rapport au processus qui a progressivement conduit, à partir de la moitié du XIXe siècle, à l’édification d’un objet scientifique, qui en constitue le référent substantiel : la Méditerranée. Ainsi, la ville méditerranéenne aurait été érigée en tant que catégorie urbaine régionale, à partir d’un objet géographique « artificiel » qu’est la Méditerranée. Dans ce texte je m’attacherai à prendre en compte la première de ces deux questions. Quant à la deuxième, il suffira ici de rappeler que la Méditerranée est à saisir dans la manière dont elle a été « inventée » et progressivement instituée4 – au-delà de son statut de mer intérieure – en tant que « région géographique » ou « aire culturelle » autonome à travers divers critères (climat, végétation, cultures, genres de vie…). Ces instances ont conduit à identifier la Méditerranée en tant que « valeur » (positive et partagée), et surtout à la proposer sous la perspective du « projet politique ».
       Mais à bien regarder, on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’un paradigme monolithique. J’avance l’idée que ce dernier se développe selon trois figures clés : une figure unitaire, basée sur la matrice de l’historicité et sur le principe de valeurs patrimoniales et civilisatrices partagées qui engagent, à leur tours, l’universalisme méditerranéen ; une figure de la divergence, laquelle à tendance à opposer – tant idéologiquement que sur le plan morphologique – diverses représentations inhérentes aux villes méditerranéennes ; une figure de la recomposition qui reprend certains éléments des figures précédentes et en suggère une version actualisée dans une approche que l’on pourrait considérer comme de matrice postmoderne. Le fait est que ces figures peuvent apparaître en succession, en opposition, voire en concomitance. En fin de compte elles peuvent se manifester dans une configuration de dispersion5.
 
1. Evidences et paradoxes : les apories de la taxonomie urbaine
 
       Avant d’aborder ces trois figures, arrêtons-nous sur une évidence et un paradoxe. La production scientifique sur le thème de la « ville méditerranéenne » est très vaste, au risque même d’une inflation éditoriale. En me référant en particulier à la littérature (géographique) de matrice francophone, et sans prétention à l’exhaustivité, quelques travaux parus à partir des années 1970 peuvent aisément illustrer ce fait6. Rappelons d’ailleurs qu’à partir de 1995, le processus de Barcelone puis le projet d’ « Union pour la Méditerranée », constituent un cadre plutôt favorable à ce genre de publications7.
      Cependant, face à l’accumulation de  cette production scientifique, si l’on regarde en détail quelques ouvrages généralistes et des manuels sur la ville parus au cours des quatre dernières décennies, force est de constater que la catégorie « ville méditerranéenne »,  voire « villes de la Méditerranée », n’en constitue aucunement une référence. Que la démarche postulée soit wébérienne, visant la comparaison des idéaux-types des structures et des fonctions politiques (Rossi, 1987), qu’elle soit anthropologique et inscrite dans l’idée de la « civilisation » urbaine (Roncayolo & Paquot, 1992 ; Turri, 1994), qu’elle soit historique et idéelle (Mumford, 1961), qu’elle prenne en compte « une étude en quelque sorte régionale [des] grandes types de villes dans le monde » (Pelletier et Delfante, 1989), qu’elle adopte des critères de catégorisation « géographiques » pour en questionner les « caractères spécifiques » (Bruyelle, 2000), qu’elle présente des « panoramas urbains » (Biget et Hervé, 1995 ; Paquot, 1996), qu’elle étudie les « villes et (l’)économie dans l’histoire », et qu’elle énonce même les points de départ et d’arrivée d’un itinéraire historique : « de Jéricho à Mexico » (Bairoch, 1985), « de la Mésopotamie aux États-Unis » (Delfante, 1977), « de Sparte à Las Vegas » (Sica, 1970) ou « de Babylone à Tokyo » (Moriconi-Ebrard, 2000), le fait est qu’aucun de ces ouvrages ne présente ni un chapitre, ni un article de grand auteur consacré explicitement à la « ville méditerranéenne ».
       Et pourtant, si l’on suit Pedrag Matvejevic (1987 [1995 : 22]), on remarque aisément que tout a pratiquement été dit des villes méditerranéennes : « de la polis et de la politique, des plans et des cadastres, des constructions et de leurs styles, de la pierre et de la façon dont elle est taillée, de la sculpture et de l’architecture, des temples et des cérémonies, des demeures particulières et des institutions publiques, des murailles et des forteresses, des places et des fontaines, de la rue et de la vie dans la rue méditerranéenne ». Et, comment ne pas tomber d’accord avec Matvejevich, observe Alberto Clementi ? « Jamais – affirme ce dernier – tout le dicible n’a été dit [comme dans le cas des villes méditerranéennes] ; l’imaginaire même est désormais saturé de représentations largement partagées au point de devenir des lieux communs aussi familiers que superficiels ». Mais d’ajouter que dès qu’on est débarrassé de ces images pré-formatées et de ces clichés, des doutes et des interrogations prennent place : « Existe-t-il vraiment une ville méditerranéenne ? ». Est-il possible de proposer un modèle synthétique et cohérent pour des villes, certes ouvertes sur la même mer, mais appartenant à trois continents différents ? Ou faut-il plutôt dire que cette idée est le fruit d’une « construction intentionnelle » et d’un « investissement symbolique » qui tente de « plier l’insaisissable multiplicité des situations » et des formes d’agglomération humaine méditerranéennes ? (Clementi, 1995 : 267).
            Au-delà de l’absence paradoxale de la catégorie « ville méditerranéenne » qu’on vient de montrer plus haut, c’est plus généralement la question des logiques et des matrices de catégorisation qu’il convient de saisir. La « raison classificatoire » comme le dit L. Mondada  (2000a ; 200b ; 1994) – et ici l’identification à caractère géographique, historique, morphologique, économique ou culturel, de catégories de villes ou de types de phénomènes urbains – en plus de réduire la complexité du réel et d’instituer des protocoles d’ordre, traduit tout aussi bien un effet d’adéquation du système de la catégorisation proposée à des modalités d’appréhension du monde à un moment donné. Si l’on suit Denis Retaillé, ce genre d’opération de « signification [….] consiste à traiter les apparences comme objets de la science, pour pouvoir simplement délimiter, énoncer des propriétés, en stabilisant ce qui ne peut qu’être éphémère comme la saisie de la réalité » (Retaillé, 2000 : 278). Et cette saisie s’explicite, synchroniquement, par rapport aux contextes historiques de leur présentation, et, chronologiquement, par rapport à un horizon de savoirs dans lesquels les auteurs prétendent s’inscrire, ou par rapport auxquels ils produisent leurs discours, leurs textes et leurs cartographies (Quaini, 2005).
       Pour tenter alors de comprendre l’apparition d’un modèle ou d’une typologie urbaine à référence méditerranéenne, il est utile d’observer l’évolution des catégories taxonomiques, énoncées sous leurs divers registres (historique, culturaliste, géographique etc.). Ce fait participera au processus de configuration et de légitimation scientifique d’un paradigme de la ville méditerranéenne. Il en représentera une des instances de délimitation et de spécification du système, comme le dirait Foucault (1969 : 57-59).
 
2. La figure fondatrice et unitaire : l’universalisme de la ville méditerranéenne
Les héritages  et l’histoire comme fondement d’un dénominateur commun
 
       Il faut convenir que c’est la référence à l’histoire, à l’héritage et au patrimoine, qui constitue une des matrices structurant le paradigme de la ville méditerranéenne. Ces instances me semblent en représenter son dénominateur commun soit du point de vue de sa généalogie, soit du fait qu’elles ont attribué à la ville (au sens absolu) une fonction d’unité générative du modèle.
       Cependant – autre paradoxe – pendant longtemps, dans l’appréhension de la Méditerranée, l’univers urbain ferait maigre figure. L’explication qu’avance Paul Claval (1988), dans son analyse des études géographiques méditerranéennes de matrice française, consiste à constater que, bien que la vision de Vidal de la Blache, fondateur reconnu de la géographie académique française, n’ait pas suggéré le recours à la monographie, par la suite c’est au contraire « la démarche régionale qui prend sa revanche dans les années 1940 ou 1950 ». Et celle-ci ne sera justement pas en mesure de produire une « vision d’ensemble et une interprétation cohérente des réalités méditerranéennes ». D’après Claval, ces modalités de lecture de la Méditerranée  produites au cours de la première moitié du XXe siècle « laissent échapper le monde urbain et industriel » (Claval, 1988 : 400). En tout cas, pour les géographes qui (d)écrivent la Méditerranée la ville n’est pas un objet privilégié. En effet, celle-ci est étudiée ou évoquée de manière discontinue.
       Parmi les premiers géographes à s’occuper de la Méditerranée il faut signaler Elisée Reclus. Celle-ci est présente chez cet auteur dès les premières pages de sa Nouvelle Géographie Universelle. Si elle revient diffusément dans plusieurs de ses volumes8 c’est dans le premier, dédié à l’Europe Méridionale, qu’un chapitre y sera entièrement consacré (Chapitre III « La Méditerranée » : 33-52)9. Cela est déjà en soi un fait novateur, et un acte fondateur de la construction géographique et scientifique de la Méditerranée comme l’ont déjà souligné divers auteurs (Ruel, 1991 ; Deprest 2002, Liauzu, 1994, Fabre 2000). D’après Anne Ruel, avec Reclus la Méditerranée devient « sujet de civilisation » : un espace géographique qui se métamorphose en « valeur » (Ruel 1991).
       Claval cependant oublie fatalement qu’Elisée Reclus a écrit en 1895 un texte publié intitulé « The Evolution of Cities », et qu’il consacrera, en reprenant ce dernier, un chapitre entier aux villes, dans l’Homme et la Terre, sous le titre « Répartition des hommes » (1905 : IV, T. 5 : 335-376). Si déjà quelques chantiers ont été ouverts sur l’apport de Reclus à l’analyse urbaine10, j’évoquerai brièvement quelques pistes concernant l’interprétation qu’il propose du monde urbain méditerranéen, d’après ce qu’il appelle « l’étude logique des villes » (1905 : 354).
       Il est utile de souligner en premier lieu son inspiration organiciste de la ville. Celle-ci s’exprime à travers des formules assez évocatrices : « comme tout organisme qui se développe, la ville tend aussi à mourir » (Reclus, 1895). Pour lui, les villes « pourront devenir des corps organiques parfaitement sains et beaux » (Reclus, 1905, T. V. : 379) ; et d’ajouter que « le mouvement entre les cités [… ] peut être comparé au va-et-vient du sang dans le corps humain ». Une telle vision reste cependant quelque peu ambiguë11.  Si, en ce qui concerne les villes de Méditerranée, aucun véritable modèle n’apparaît clairement, ni de formules renvoyant à « la ville méditerranéenne », quatre aspects saillants me paraissent intéressants à relever (Cattedra, 2009). Il s’agit de :  a) l’analyse de l’origine et de la localisation des villes-ports ; b) l’amorce d’un processus de littoralisation12 ; c) la mise en exergue de la dimension cosmopolite de certaines cités méditerranéennes13 ; c) l’identification d’une dimension patrimoniale de valeur universelle. Ces éléments participent en quelque sorte à la configuration d’un paradigme de la ville méditerranéenne qui se développe à partir du dernier quart du XXe siècle.
            Mais en revenant plus explicitement à la figure archétypale du paradigme ici analysé, et que l’on pourrait identifier comme le premier temps des héritages, celle-ci se signale au moins par trois aspects : la continuité historique, la dimension morphologique et spatiale, le cosmopolitisme et  l’universalisme.
 
La continuité
 
            La continuité est l’expression de la longue durée historique. Elle s’avère le fil rouge de la figure fondatrice et exprime la particularité présupposée de la dimension urbaine méditerranéenne. Celle-ci se développe en articulation avec l’idée de la transmission du passé et des héritages. Et le stéréotype culturaliste propre de cette dimension historique est bien présent, par exemple, chez les épigones de Vidal de la Blache, comme Max Sorre et Jules Sion, dans les années 1930 :  
 
« Les régions méditerranéennes sont toutes imprégnées d’histoire. Le passé est gravé sur leur sol par les ruines, la conquête ou l’abandon de la terre, la position des localités ; il se perpétue dans les formes souvent archaïques de l’activité humaine. Un Allemand s’imagine difficilement l’existence des Germains ; un Grec voit chaque jour, dans les champs et les ports, des scènes devant lesquelles il peut se croire contemporain d’Homère » (Sorre & Sion, 1934, I : 52 – rédigé par Sion).
 
La continuité constituera certes un référent essentiel chez Fernand Braudel :
 
« Aucun doute, la mer Intérieure est pétrie de résurgences historiques, de télé-histoires, de lumières qui lui viennent de mondes en apparence défunts et qui cependant vivent toujours » (Braudel 1985 [1977] : 163 « l’Histoire »).
 
L’idée de la continuité sera reprise aussi sous ces termes par Maurice Aymard :
 
« Chaque civilisation a ainsi laissé son héritage urbain, et contribué à définir le cadre où les hommes continuent à vivre, aujourd’hui encore, au milieu des contraintes du passé alors même que les conditions qui ont présidé à sa création ont cessé de jouer » (Aymard, 1985 [1977] : 198 : « Espaces»).
 
Somme toute, ce concept est présent au cours du XXe siècle chez une multitude d’autres auteurs, et force est de constater que l’histoire et l’héritage sont saisis comme la matrice identitaire et formelle de la ville méditerranéenne.  Le registre de cette même figure de la continuité temporelle se déploie par une autre dimension, à considérer elle aussi comme une co-matrice structurelle : c’est l’idée de la force historique, voire de la pérennité, du réseau urbain méditerranéen, dont le discours de Braudel a constitué un des points d’orgue, bien que lui-même rappelle qu’il doit cette réflexion à une intuition de Lucien Febvre 14.
 
« L’unité humaine, en  Méditerranée, c’est à la fois cet espace routier et cet espace urbain, ces lignes et ces centres de force. Villes et routes, routes et villes ne sont qu’un seul et même équipement humain de l’espace. Quelles que soient sa forme, son architecture, la civilisation qui l’éclaire, la ville de Méditerranée est créatrice de routes et, en même temps, est crée par elles ». (Braudel, 1949, ed., 1982, p. 254]15.
 
Toutefois, il faut remarquer que cette représentation avait été en effet déjà mise en exergue en 1876 par Reclus ; c’est-à-dire bien avant la publication de la thèse de Braudel. Cette approche, elle aussi présente sous la forme d’un constat tout au long du XXe siècle, consiste à analyser, sur la durée, la spécificité des établissements humains méditerranéens à l’aune du réseau structuré par les routes maritimes antiques, par les routes terrestres romaines, pour arriver jusqu’aux réseaux des nouvelles migrations internationales et aux flux immatériels dont les villes sont les relais et les terminaux. Un réseau qui permet aussi aux villes de dépasser le seuil stricte de la Méditerranée16. Somme toute, dans une telle perception de la chose, ainsi que l’écrit Braudel, « l’ordre routier et urbain est, par excellence, l’ordre humain de la Méditerranée » (1949, 9e éd 1990, p. 225)17.
 
Localisation spatiale et forme de la ville
 
       La continuité, au demeurant, se décline avec une série d’éléments qui auraient caractérisé en même temps l’origine de la Cité Méditerranéenne, voire de la Cité dans le monde, c’est-à-dire des critères de site et de localisation. Un exemple assez diffus en est le « modèle acropolien », qui est présent dans les reliefs surplombant de nombreuses villes comme c’est le cas à Athènes, Marseille, Barcelone, Nice, Sète, Gênes, Naples, Dubrovnik, Istanbul, Izmir, Alger, Oran, Tanger, etc. L'autre élément majeur relève des héritages de matrice monumentale gréco-romaine, dont l'agora, le forum, les temples, les arènes, les cirques et les tracés en damier constituaient les dispositifs de standardisation du modèle18. Voilà comment le décrit Elisée Reclus dans sa dernière œuvre de 1905 :
 
« Dans la Région Méditerranéenne, il arrive que l’amour de la ville, au lieu de peupler la campagne de banlieue, la dépeuple au contraire. Le grand privilège de pouvoir discuter les intérêts publics a, par tradition, changé tout le monde en citadins. L’appel de l’agora comme en Grèce, de la vie municipale comme en Italie, attire les habitants vers la place centrale où se débattent les affaires communes, plus encore sur les promenoirs publics qu’entre les murs sonores de la maison de ville » (Reclus, 1905, T.V, Livre IV, Chap. II, 372).
 
      Or, « l’amour de la ville » dont parlait Reclus, et qui constituerait avec ses conséquences spatiales l’un des morphèmes de la figure de « la ville compacte » méditerranéenne, traduit bien – entre réalité, « mythe et archétype »19 – toute une importance et un intérêt attribués au « monde citadin » méditerranéen et à l’espace public. Dans ce même sillon l’on retrouve encore M. Sorre et J. Sion, qui écrivent en 1934 :
 
« Les villes ont raison de conserver jalousement les monuments de leur passé, car elles lui doivent, non seulement l’afflux des touristes, mais parfois d’exister encore. Que serait devenue la Rome décrépite du XIVe siècle sans les grands souvenirs ? Athènes serait encore le sordide village albanais que vit Chateaubriand, sans le prestige de son nom »  (Sorre & Sion, 1934,  I : 52 Rédigé par Sion).
 
       Une autre version plus « sensible » invite à lire la sédimentation historique et architecturale, à la manière de Corboz, comme un « palimpseste ». Jean-Paul Volle, considère comme expression des « héritages » ce qu’il appelle « le topique environnemental » de la Méditerranée. C’est-à-dire le produit de la relation contextualisée d’usages et de pratiques urbanistiques : la relation entre la pierre et la construction qui produisent certaines densités ; l’étroitesse des plaines et les reliefs proches de la mer, les fractures du territoire où s’engendrent des structures et des formes fractionnées d’agglomération fondées sur des « micros-cellules »20.
 
Cosmopolitisme et universalisme
 
       La troisième dimension de la figure unitaire est axée sur deux autres items liés dans un rapport de réciprocité : l’universalisme et le cosmopolitisme. Dans l’identification présupposée d’une matrice commune de « la » ville méditerranéenne, l’apport de diverses civilisations prend une place singulière : la Méditerranée tel un palimpseste de dominations et de mélanges. Ce qu’Albert Memmi écrit pour Tunis, on aurait pu l’écrire pour Naples, Istanbul, Salonique, Alexandrie et tant d’autres villes, en modifiant quelque peu les noms des peuples et des conquérants :
 
 [Tunis : ] «  Quand je sus un peu d’histoire, j’en eus le vertige ; Phéniciens, Romains, Vandales, Byzantins, Berbères, Arabes, Espagnols, Turcs, Italiens, Français, j’en oublie et je dois en confondre. Cinq cents pas de promenade et l’on change de civilisation »  (A. Memmi, 1988, La statue de sel).
 
       A bien regarder, parmi les premiers géographes, avec Reclus, c’est Paul Vidal de la Blache qui met en exergue cet aspect, dans un texte important peu connu : sa « Leçon d’ouverture du cours d’histoire et de géographie » à la Faculté des lettres de Nancy, écrit en 1873, sous le titre de « La Péninsule Européenne. L’Océan et la Méditerranée ». Un de ses passages permet de repérer la cristallisation du mythe du cosmopolitisme urbain de la Méditerranée à la fin du XIXe siècle :
 
« Marseille, Odessa, Alexandrie présentent, malgré la distance qui les sépare, le même spectacle : partout la vie et les affaires en plein air comme aux temps de l’agora, l’activité bruyante et le fourmillement d’une foule cosmopolite où se coudoient l’Orient et l’Occident ; à vos oreilles résonnent les langues les plus diverses ; et du milieu de ce Babel s’est dégagée une sorte de création bizarre, ce jargon arbitraire et composite qu’on a décoré du nom de langue franque. » (Vidal de la Blache, 1873, p. 16) 21.
 
       Or, ainsi que nous le verrons après, le cosmopolitisme constituera une clé importante de la troisième figure de la ville méditerranéenne. Avant Braudel, c’est Paul Valéry qui dans un texte consacré au « système méditerranéen » explicite clairement, en 1933, son idée de l’hétérogénéité méditerranéenne comme constituant un héritage et un modèle de référence qui structure une valeur universelle :
 
« Sur les bords, quantité de populations extrêmement différentes, quantité de tempéraments, de sensibilités et de capacités intellectuelles très diverses, se sont trouvés en contact. Grâce aux facilités de mouvements que l'on a dites, ces peuples entretinrent des rapports de toute nature : guerre, commerce, échanges volontaires ou non de choses, de connaissances, de méthodes ; mélanges de sang, de vocables, de légendes et de traditions. Le nombre des éléments ethniques en présence ou en contraste, au cours des âges, celui des mœurs, des langages, des croyances, des législations, des constitutions politiques, a de tout temps, engendré une vitalité incomparable dans le monde méditerranéen. La concurrence (qui est l'un des traits les plus frappants de l'ère moderne) a atteint de très bonne heure en Méditerranée une intensité singulière : concurrence des négoces, des influences, des religions. En aucune région du globe, une telle variété de conditions et d'éléments n'a été approchée de si près, une telle richesse créée et maintes fois renouvelée. Or, tous les facteurs de la civilisation européenne sont les produits de ces circonstances, c'est-à-dire que des circonstances locales ont eu des effets (reconnaissables) d'intérêt et de valeur universels. »
(Valéry, 1933 [1960, II : 1136-1137, § « Données ethniques »]).
 
       Somme toute, divers auteurs, jusqu’aux scientifiques contemporains, ont pu lire, dans les déplacements dus au commerce méditerranéen, aux diasporas, aux affrontements militaires et aux colonisations, ainsi que dans les métissages anthropologiques et les brassages culturels que ces circulations ont pu engendrer sur la durée, l’expression d’un fondement commun construit dans le temps. Ils l’ont fait en identifiant un modèle idéel, fait d’apports de nombreuses civilisations. Cela fait que, tout en dépassant une telle visée unitaire et culturaliste, dans les années 1970, même le géographe Hildebert  Isnard affirme le lien entre les villes, leurs formes et les héritages :
 
« Il n’y a peut-être pas de régions au monde que les différentes civilisations aient autant marqué de leurs conceptions urbanistiques : successivement la Grèce, Rome, l’Islam, l’Europe occidentale ont apporté leur propre contribution à l’aménagement de ces villes. » (Isnard, 1973, pp. 77-78)
 
       Or, si au regard de la production scientifique et littéraire, on convient aisément sur la récurrence du cliché de la Méditerranée comme lieu de la naissance des civilisations22, il y a un point qu’il me paraît essentiel d’évoquer : celui du rapport entre la naissance de la (des) civilisation(s) et l’idée de l’universalisme. En premier lieu, il serait utile de savoir de quelles civilisations on parle. La Méditerranée a été tour à tour interprétée comme le « berceau », le « foyer », le « creuset » (de diverses civilisations), les trois dernières expressions ne recouvrant pas la même signification23.
       Si Elisée Reclus en identifie trois (celles des Aryens, des Sémites et les Berbères), pour Braudel les trois civilisations sont celles de l’Univers de l’Occident (basé sur l’apport de la Romanité et de la Chrétienté), de l’Univers de l’Islam (fondé sur l’apport assyrien, carthaginois et de l’Egypte antique) et l’Univers Orthodoxe24 (de matrice grecque, dont Constantinople a été l’expression et qui a influencé le monde des Balkans). La vision néoclassique a beaucoup insisté sur les apports spirituels de la Méditerranée antique à la civilisation dite universelle : la philosophie, la naissance du rationalisme et du droit, l’harmonie, etc…
       Et c’est justement à ce propos, que l’universalisme de Reclus me semble être encore une fois précurseur : il écrit à propos des monuments de l’Andalousie judéo-musulmane qu’ils « sont la propriété commune, non seulement des espagnols, mais aussi de tous ceux qui s’intéressent à la vie de l’humanité, au développement de la science et des arts ». Il énonce ainsi,  en quelques mots, les principes fondateurs qui généreront le concept de « Patrimoine de l’Humanité », que l’Unesco introduira officiellement un siècle après, en 1972 :
 
« Toute déserte que soit l’Andalousie, en comparaison de ce qu’elle pourrait être si les ressources en étaient convenablement utilisées, elle est pourtant une autre Italie par la gloire et la beauté de ses villes. Les noms de Grenade, de Cordoue, de Séville, de Cadiz, sont parmi ceux que la poésie a le plus célébrés et qui réveillent dans l’esprit les idées les plus riantes. Les souvenirs de l’histoire, plus encore que la splendeur des monuments, ont fait de ces vielles cités moresques  la propriété commune, non seulement des Espagnols, mais aussi de tous ceux qui s’intéressent à la vie de l’humanité, au développement de la science et des arts ». (Reclus, NGU, 1, 1875 : 745).
 
3. La figure de la divergence
 
       Un premier exemple permet de montrer la force évocatrice du stéréotype de la cité méditerranéenne qui se développe d’après la figure que j’appelle "la divergence". Je me contenterai de faire remarquer combien ce modèle est posé de manière acritique et tautologique, et comment la légitimation de ce « concept » est affirmée en postulant – de manière simpliste, mais efficace – à la fois l’universalisme méditerranéen (mais comme appartenant exclusivement à la ville occidentale) et, d’autre part, une divergence irréductible avec la « conception islamique » de la ville :
 
« La Méditerranée-cité
Le concept de ville occidentale, en tant que centre artisanal, commercial et politique, avec des espaces publics pour l’activité civile et dont la disposition physique répond à une certaine stratégie préalable [(sic) laquelle ?], est pratiquement une invention méditerranéenne, apparue en Grèce et développée par Rome. Les villes européennes font partie du paysage, et plus encore, elles sont ses principaux organisateurs dans la mesure où c’est la ville qui gouverne et modèle la totalité du territoire. Rome a étendu l’esprit de sa citadinité, de sa civitas – d’où civil et civiliser – en favorisant sur l’ensemble du territoire les principes d’aménagement structurel de l’urbs – d’où le terme urbaniser : ainsi civiliser et urbaniser deviennent des termes corrélés.
Au-delà des effets constatables exercés par les villes sur la totalité du territoire, le paysage urbain des villes méditerranéennes est très caractéristique. Dans ce paysage, la structure prédominante est réticulaire ou radiale, c’est-à-dire toujours en relation à un centre déterminé où, depuis longtemps, se concentrent les édifices du pouvoir. Souvent, dans des villes structurées par des établissements militaires ou « castrum », la trame articulée par les axes perpendiculaires « Cardo et Decumanus » constitue la norme […]. Portée par l’empire castillan, cette conception réticulaire fut exportée jusqu’aux colonies américaines, où elle existe toujours un peu partout. Du côté sud-occidental, on peut percevoir la conception islamique, avec une « médina » centrale consacrée au commerce, une grande bordure, bien que plus confuse, d’édifices résidentiels et un grand palais de gouvernement qui peut occuper des situations différentes. Ici, on ne peut pas appliquer le terme latin « centre urbain ». Néanmoins, ces centres historiques ne représentent aujourd’hui qu’une modeste partie, voire une très petite partie, de la surface totale de la ville ».  (M.-A. Roque, 2001, p.  86).
 
Ville arabo-musulmane versus ville occidentale
 
       Diversement que dans la première figure unitaire, c’est l’opposition et le contraste entre modèles – de matrice idéologique, culturelle, religieuse, morphologique etc – qui fait émerger cette deuxième figure du paradigme de la ville méditerranéenne. Comme l’écrit Fabre (2000 : 6), « l’affrontement sur les représentations de la Méditerranée se joue autour des héritages, et notamment autour de l’acceptation ou du refus de « l’Orient sémitique », c’est-à-dire de l’apport juif et arabe. » (Fabre, 2000 : 66).  C’est dans cet affrontement qui est strictement lié aux logiques politiques, économiques et idéologiques – i.e. : impérialistes – du colonialisme, qu’émerge une interprétation divergente du faisceau sous-jacent à l’idée d’un modèle unitaire et universel de la ville méditerranéenne.
       Il s’agit d’une évolution tendant explicitement à reconduire l’universalité vers l’Occident et l’Europe. Benevolo exprime très clairement cette idée, à propos de la ville moderne, quand il écrit que « l’identité entre ville européenne et ville moderne a été acceptée comme un fait, laissant de côté les énormes problèmes de compatibilité avec les autres réalités urbaines et les hybridations qui en sont issues, en Europe comme sur les autres continents. […] Il nous faut reconnaître que notre modèle est seulement l’un des modèles possibles de la ville moderne » (Benevolo, 1993 ; cf. aussi Tosi, 1987 : 46).
       L’orientalisme a joué un rôle déterminant dans les effets de disjonction de la figure unitaire de la ville méditerranéenne, en mettant en exergue la confrontation entre deux modèles : la ville européenne ou occidentale et la ville arabe, musulmane ou orientale. Historiquement, l’orientalisme se construit autour d’une attitude idéologique qui ne fait que formaliser un discours basé sur le concept de la « spécificité culturelle ». En écho presque au discours de Benevolo ci-dessus, André Raymond a constaté que « peut-être parce qu’excessivement enfermés dans une optique « orientaliste », les spécialistes de l’histoire et de l’art musulman ont sans doute trop négligé le fait qu’il existe une « spécificité urbaine », dont la ville islamique, ou arabe, ne représente qu’un aspect : les problèmes de structure, de fonctions urbaines, qui se posent à propos des villes arabes et islamiques, peuvent très souvent être éclairés par une comparaison avec les problèmes généraux que posent les villes, aussi bien que par une référence au seul impact de la civilisation islamique sur les villes du domaine arabe » (Raymond, 1985 : 14 ; cf. aussi 1995).
       Dans un travail précédent (Cattedra 1998), je me suis plus particulièrement interrogé sur la construction de ce dernier modèle à travers une critique des fondements et des références propres à divers savoirs disciplinaires (l’orientalisme, la géographie et les sciences sociales) par le biais desquels cet idéal-type a été érigé en paradigme et s’est affirmé. L’hypothèse de cette étude suggère que l’idée d’une « ville arabe / musulmane / orientale », postulée le plus souvent en tant que modèle original et unique de typologie spatiale et sociale, ne représente pas le produit endogène d’une culture proprement dite et qui par sa réflexivité s’identifie comme « arabo-musulmane ». Il aurait été au contraire élaboré par l’orientalisme occidental. Ultérieurement, cette idée et ce modèle auraient été en quelque sorte assumés et appropriés par le même système idéologique que l’orientalisme a fabriqué de manière arbitraire (Said, 1978), et que nous nous accordons à appeler « monde arabe et/ou musulman ».
S’affirme ainsi un paradoxe qui consiste dans le fait que ce modèle, assez présent dans l’imaginaire, devient un paradigme référentiel de la conception urbanistique comme expression d’une culture endogène, tandis qu’il est le produit d’un processus de fabrication idéologique formalisé par un savoir « autre ». J’ai avancé l’hypothèse que cette idée fondée sur la spécificité culturelle, ensuite, aurait été reçue et appropriée par les intellectuels des rives Sud de la Méditerranée, selon une double attitude : soit parallèlement à l’adoption généralisée des valeurs occidentales, soit parce qu'elle confortait les valeurs les plus anciennes de leur propre culture (Cattedra, 1998)25.
       Cette dernière posture s’est d’ailleurs affirmée par le truchement d’épurations symboliques, mais essentielles, qui, justement, constituaient tout au début et encore jusqu’à l’époque des Lumières, le thème de prédilection de l’orientalisme : ces épurations se fondaient sur l’élimination d’une continuité – et de l’héritage – de l’Islam par rapport au monde classique, gréco-oriental, romain et byzantin (Concina, 1990 : IX-LV ; Fantar, 1993 : 47-70). Cette « épuration » signifierait-elle que ses tenants postulent que l’Islam introduit un hiatus, une rupture dans le cours de l’Histoire ? En contrepartie, à l’époque contemporaine, l’idéologie de certains « Etats musulmans », ne fait – il me semble –  que renverser cette posture, en ce qu’ils (re)construisent et « mettent en scène » (au sens de B. Anderson, 1991 et de P. Nora, 1986) une Histoire (Nationale), qui ne débute qu’au VIIe siècle, avec la naissance et la propagation de l’Islam. Il est utile de rappeler à ces propos le passage d’un texte de M. Rodinson dans lequel l’auteur examine l’évolution de la vision de l’Orient par l’Occident au cours des derniers siècles :
 
« L’européocentrisme inconscient du XVIIIe siècle, orienté par l’idéologie universaliste de cette époque, respectait les civilisations et les peuples extérieurs à l’Europe, relevait avec raison, dans leur évolution historique ou leur structure contemporaine, des traits humains universels, leur attribuant seulement, avec une naïveté pré-critique, les mêmes bases sous-jacentes qu’à la culture européenne, ne concevant quelque spécificité qu’à un niveau beaucoup trop superficiel. L’européocentrisme conscient et théorisé du XIXe siècle fait l’erreur inverse. La spécificité irréductible est supposée à tous les niveaux possibles, les motivations et les traits universels sont niés ou dédaignés. Contradictoirement, la seule universalité possible est conçue comme l’adoption du modèle européen sous tous ses aspects » (Rodinson,  1968 [1993 : 86]).
 
       Cela posé, le problème de fond consiste à comprendre de quelle manière un modèle idéal de « cité arabo-islamique » a été produit et formalisé concrètement. Evaluer par quels positionnements les orientalistes se sont positionnés par rapport à cette ville « autre », de l’Orient, pour la constituer en objet particulier, niant de la sorte son universalité, et pour lui attribuer – préalablement et par présupposé – des caractères distinctifs. Partant de là, il est possible d’affirmer que c’est justement le protocole de construction ou d’invention du paradigme explicitant la cité arabo-musulmane qu’il faut discuter et remettre en cause. Pour ce faire, il convient de faire appel au statut ambigu qui a superposé, surtout au cours du XIXe siècle (mais encore au XXe), toute une série d’écrits relatifs  aux « cultures de l’altérité » – écrits qui réunissent littérature de voyage, comptes-rendus d’explorations scientifiques, documents archéologiques, travaux d’histoire urbaine, redécouverte orientaliste de textes arabes, etc. – , qui s’articulent subséquemment aux divers positionnements et postures idéologiques ou savantes des auteurs de ces textes.
       Or, ce modèle est postulé (et cela à travers l’interprétation de diverses approches disciplinaires) à partir d’un certain nombre d’éléments et de caractères urbains constants, lesquels correspondraient à des formes architecturales, à des typo-morphologies urbanistiques particulières. Par une telle interprétation dominante, ces éléments et caractères deviennent de la sorte les variables fonctionnelles instituant une (présupposée) organisation de la société urbaine dans l’Islam, en ce qu’ils sont considérés comme fondamentaux pour le déroulement ordinaire de la vie pratique, religieuse, culturelle, sociale, économique, politique des musulmans…       Ces ingrédients sont : la mosquée centrale, le souk ou le bazar, le hammam (le bain maure), la qasbah (la citadelle militaire) et le système des remparts, auxquels s’ajoutent les figures de l’architecture domestique, comme les habitations à patio, le palais du gouvernement, le dessin du tracé urbain, mais aussi la spécialisation économico-productive des quartiers, leur différentiation ethnique et confessionnelle. Pour autant, certaines institutions propres au système municipal  seront également inventoriées : l’organisation des habous ou awqâf  (fondations religieuses correspondant en quelque sorte au bien de mainmorte), les corporations des métiers, les corps administratif et juridique des oulémas, les écoles coraniques, la magistrature (cf. en particulier : Gardet, 1954).  J’ai pu ainsi identifier divers critères majeurs intervenant pour supporter (ou critiquer) la validité de ce paradigme.
       Le lien privilégié de réciprocité qui s’établirait entre « la cité et l’Islam », est soutenu par la thèse d'Ira P. Lapidus, d’après laquelle la higrah, la migration qui a conduit Mahomet de La Mecque à Médine, c’est-à-dire celle qui symbolise la suprématie de « La Ville » par excellence (madîna an-Nabî’ : la cité du Prophète), correspond bel et bien au passage de la vie bédouine (ou rurale) à la vie citadine. Cette migration signifierait, au sens le plus profond, le moment crucial, symbolique et fondateur, celui du passage du paganisme à l’avènement de l’Islam, en tant que nouvelle religion monothéiste (Lapidus, 1973 : 53). Une autre thèse assez répandue postule un rapport privilégié et presque univoque entre « la mosquée et la ville », considérant la première comme l’élément fondamental de l’organisation de la structure urbaine, de la vie sociale et économique de la cité.  Cela a été envisagé, par exemple, par J. Berque (1958 et 1984), mais avant lui, c’est G. Marçais (1945), qui avance ce postulat, affirmant explicitement que « la mosquée crée la cité musulmane ».
       C’est notamment le géographe allemand Eugen Wirth qui propose une lecture critique des divers auteurs qui ont porté leur réflexion sur la ville arabo-musulmane. Wirth exprime ainsi son désaccord aussi bien avec William Marçais (1928, «L’islamisme et la vie urbaine ») qu’avec Georges Marçais  (1945, « La conception des villes dans l’Islam »), pour la raison que ces auteurs attribuent à l’Islam une dimension éminemment citadine, édifiant de la sorte un modèle de ville musulmane. En synthétisant leurs positions (i.e. : que la fondation urbaine serait due exclusivement à l’action d’un souverain ; et qu’il n’y a que dans un contexte citadin qu’un Musulman peut mener une vie conforme aux prescriptions de l’Islam), Wirth affirme que, de cela, « il résulte seulement que l’Islam en tant que religion est étroitement lié à la ville. Mais, par contre, on ne peut nullement en conclure qu’il existe un archétype de ville islamique » (Wirth, 1982 : 194).
       Wirth procède également à une évaluation critique des positions de divers autres auteurs, remarquant alors que « si dans de telles définitions de la ‘ville islamique’ on remplace le mot ‘mosquée’ par ‘cathédrale’ ou ‘église’, le nombre des caractéristiques citées s’applique aussi aux villes traditionnelles de l’Europe occidentale. Elles ne semblent donc guère aptes à caractériser les traits particuliers des villes islamiques. On ne peut trouver de réponse au problème de la ‘ville islamique’ que si on arrive à déceler entre les villes d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale des caractères communs que l’on ne trouve qu’ici et non dans les villes de l’Antiquité classique ou de l’Europe médiévale » (Wirth, 1982). Wirth estime que la spécificité se situe à d’autres niveaux; l’auteur avance ainsi la thèse selon laquelle « pour un géographe, le sûq [marché] est même la caractéristique et le signe distinctif le plus frappant des villes de culture islamique. (…)  Ainsi le sûq est probablement le seul critère déterminant de la ville du Moyen-Orient qui peut être considéré comme un héritage culturel de l’Islam » (ibidem pp. 197-98).
       On constatera, toutefois, que même Wirth n’échappe pas au présupposé de devoir repérer et identifier – a fortiori – les caractères distinctifs de la « ville orientale », ou « d’une ville arabe », admettant ainsi la spécificité urbaine de cette aire culturelle.
Sur le plan urbanistique et morphologique, il faut alors remarquer que la plupart des interprétations classiques de la ville musulmane ont mis en exergue un autre aspect saillant : l’« anarchie » des tissus urbains. Ruelles en impasse, cul-de-sac et tracés tortueux sont lus le plus souvent comme étant le signe évident d’un « désordre » incompréhensible des médinas et des anciens centres-villes. Ce désordre s’opposerait formellement à un prétendu modèle méditerranéen d’ordre issu de la tradition gréco-latine, dont la ville dite européenne et occidentale (qui procèderait elle-même d’une matrice méditerranéenne) serait une réalisation exemplaire, et par rapport auquel la ville musulmane est considérée différente. Le désordre devient ainsi un item réccurent de celle que l’on peut désigner comme la figure de la divergence de  la ville méditerranéenne. Celle-ci n’est pas que l’apanage des orientalistes, mais  elle a tendance à se jumeler avec une présentation métahistorique des « villes musulmanes ».
Nombre de chercheurs ont fermement contesté ce fait et se sont attachés à démystifier, non sans difficultés ou entraves académiques, ces opinions préconçues et couramment accréditées.
 
Le corollaire du désordre urbain entre ville musulmane et ville du Tiers Monde
 
        Force est de constater, au-delà des efforts déployés par nombre de chercheurs pour démystifier l’idée préconçue de l’anarchie spatiale comme étant un des caractères spécifiques de la ville arabo-musulmane26, que cette idée s’est affirmée telle une variable pertinente et ait  été pensée comme « objective » par tout un genre de littérature scientifique. On la retrouve facilement dans une infinité de descriptions et d’analyses urbaines, en passant par Lavedan (1936), Birot (1953), De Planhol (1957 ; 1968), etc.
       Cependant un dépassement s’opère. Au cours des années 1960, même chez des géographes progressistes comme Michel Drain (Blanc, Drain, Kayser, 1967, 47), le cliché du « plan irrégulier [que] évoque le plan des villes musulmanes aux nombreuses impasses » est adopté pour décrire les noyaux anciens des villes du Sud de l’Espagne en l’Andalousie (Séville, Cordoue, Grenade). Tandis que dans le cas de Barcelone et de Madrid, ce plan est retenu comme « reflèt[ant] un accroissement par bourgeonnement de faubourgs qu’une nouvelle enceinte englobe postérieurement ». On comprend bien alors la persistance de ce stéréotype, que l’on retrouve jusque dans le texte de Roque (2001) sur L’espace méditerranéen latin, cité plus haut. Et d’ailleurs, toute une série d’ouvrages traitant du phénomène urbain dans le monde continuent (encore) de faire référence à la « spécificité » de ce modèle et à son anarchie constitutive.
       Le corollaire du désordre urbain, d’après toutes les déclinaisons morphologiques, économiques et sociales, est d’ailleurs consubstantiellement lié à l’émergence d’une autre taxonomie urbaine qui est celle de « la ville du Tiers-Monde » (ou encore de la ville « en développement » et/ou « du Sud ») (Cattedra, 2008). Tour à tour de nombreux géographes, à l’instar de Pierre George, n’hésiteront pas dans une démarche régionaliste et fonctionnaliste à classer, entre la moitié des années 1950 et les années 1980, des agglomérations de la rive nord de la Méditerranée telles que Barcelone, Lisbonne, Naples ou Athènes comme appartenant (ou du moins partiellement, selon certains caractères) à la catégorie des villes sous-développées ou du Tiers Monde, bien que situées en terre d’Europe.
       Au-delà de la raison classificatoire à base statistique, qui a contribué à instituer et à reproduire le partage du monde en catégories, il faudrait retenir que le système dans (et par) lequel se produit l’émergence et l’institution d’un champ et d’une catégorie identifiable comme « la ville méditerranéenne » repose sur un autre ordre de critères et de discours, bien que, à partir des années 1960-70, l’item tiers-monde s’y retrouve inscrit en tant qu’élément sous-jacent à la figure que l’on a définie de la divergence27.
       Néanmoins, d’un point de vue plus politique, le débat sous-jacent à la figure de la divergence, relève plus explicitement du rapport entre la ville et l’Etat.  J’en signalerai deux aspects. D’une part, le fait que beaucoup d’auteurs ont souligné la dimension conflictuelle qui, sur la longue durée, façonne les rapports entre la Ville et l’Etat. En Méditerranée, bien souvent, les villes sont nées avant les Etats. Et les villes portuaires de la Méditerranée ont été ainsi interprétées dans l’idée de la reproduction du modèle grec de la Cité-Etat. Comme l’affirme, dans une visée comparative Tosi, « l’analyse du rapport entre ville et système devient celle de l’opposition entre autonomie urbaine et formation de l’Etat moderne » (Tosi, 1987, p. 40). Ainsi, la forme politique de la Commune ou celle des Municipalités de l’Europe médiévale et moderne a été adopté comme élément de comparaison pour montrer la spécificité ou le retard, notamment en Méditerranée, de la « cité musulmane » par rapport à la ville européenne28.
 
4. Epreuves de recomposition : la résurgence d’une figure unitaire de matrice post-moderne
 
       Plutôt que de l’attribuer explicitement au savoir géographique, il me paraît que c’est dans le domaine de l’histoire et dans une approche culturaliste qu’il conviendrait d’inscrire le champ archétypal et privilégié d’apparition du paradigme de la ville méditerranéenne. Prise ensuite dans un tropisme opposant diverses modalités de catégorisation et de partage du monde – de la « ville européenne » ou « occidentale », à « la ville arabo-musulmane ou orientale » et puis à « la ville du Tiers Monde », « sous-développée » (« en développement » ou « ville du Sud ») – la matrice présumée unitaire du modèle de ville méditerranéenne a eu tendance à se défaire. Mais, de cette deuxième effigie, axée autour de figure de la divergence ou de la fracture, resurgit encore une fois l’idée d’un modèle méditerranéen commun, que plusieurs auteurs considèrent comme postmoderne.
       Ce dernier, tout en s’inspirant d’une idéalité quelque peu mythologique, séduite pourrait-on dire par le « fantasme romantique de la Méditerranée » (Vieille, 1986), se rapproche d’une part du cosmopolitisme historique méditerranéen, et met en avant d’autre part les valeurs de l’informalité dans toutes ses déclinaisons : du marché noir à l’économie informelle, du mélange des groupes sociaux au métissage éthnique, musical et de la cuisine, de l’animation de l’espace public au désordre urbain, pour finir à la fragmentation des tissus urbains. En un mot, ces dernières instances ne sont plus identifiées comme des clichés négatifs et de stigmatisation, mais à l’opposé comme des ressources créatrices et positives. Un exemple en est, entre autres, la mise en exergue des effets territoriaux des nouveaux mouvements migratoires en Méditerranée. Cette troisième figure redonne ainsi vie et souffleà la matrice primitive, mais sur d’autres valeurs d’usage et d’autres valeurs idéologiques.
Si l’on suit l’analyse de Robert Escallier (2001) sur les mécanismes de l’informel dans les villes méditerranéennes, on perçoit une articulation entre les systèmes d’organisation sociale et la transition vers un système post-fordiste de l’organisation du travail.  Ce point, me semble renvoyer à deux horizons d’interprétation encore actuels du modèle de la ville méditerranéenne. Cela renvoie d’une part à la question du sous-développement, et donc au critère de fondement  de la catégorie ville du Tiers Monde ou du Sud, ce qui établit un lien syntactique entre Méditerranée et sous-développement. D’autre part, à  une lecture post-moderniste de la Méditerranée, avancée plus particulièrement par Lila Leontidou  (1993).
       Il s’agit d’une post-modernité qui serait fondée alors sur un éventail très large de manifestations de l’informel : de certaines expressions artistiques à la production informelle ordinaire et « spontanée » de l’habitat urbain ; des pratiques architecturales non codifiées par la modernité (s’opposant à la régularité, à la continuité, à l’ordre et à la norme de la ville de la Modernité) aux formes diasporiques des migrations ci-dessus rappelées, et à leurs effets « ethniques » dans les villes. Dans une telle perspective, l’informel ne serait donc pas un signe de la pré-modernité : en suivant ce raisonnement, les villes de la Méditerranée auraient anticipé en quelque sorte le paradigme souple de la postmodernité, plutôt que d’en être investies de l’extérieur.
       Somme toute, la post-modernité urbaine de la Méditerranée s’affirmerait selon une double vision : soit en lien direct avec un univers pré-moderne, du fait que les villes méditerranéennes, à quelques exceptions près, n’auraient en principe pas connu la Modernité29 ; soit admettant que l’informel qui caractérise le système des villes de la Méditerranée – en ce qu’il s’oppose à la figure de la continuité ordonnée, par une pratique « anti-planificatoire » qui se manifeste dans le « spontanéisme » de la production de l’habitat, dans le dés-ordre territorial, mais aussi dans la production artistique, architecturale, culturelle, musicale – serait non tant une forme pre-moderne de production, mais aurait dans la Méditerranée anticipé la transition post-fordiste, plutôt que d’en être une conséquence30. Ce débat reste très actuel.
       L’expression de ce post-modernisme constituerait en définitive le retour ou « l’émancipation retrouvée » d’une culture (méditerranéenne) considérée comme subordonnée et alternative (Leontidou, 1993). Une telle interprétation, attribuant une valeur positive et créatrice à l’informalité, semble rejoindre la figure du modèle unitaire et universalisant de la ville Méditerranéenne31. On remarquera cependant, que sous l’énonciation d’une figure unitaire se cache encore une pluralité de définitions et de catégorisations qui continuent de composer et recomposer les figures idéelles et matérielles de ce que je définis comme un paradigme fondateur et vulnérable.
En fin de compte, comme l’affirme Foucault, « si unité il y a [ici, l’unité du paradigme de la ville méditerranéenne], elle n’est point dans la cohérence visible et horizontale des éléments formés ; elle réside bien en deçà, dans le système qui rend possible et régit leur formation » (Foucault, 1969 : 95). Si l’on accepte – d’après cet auteur – « le principe de multiplicité et de dispersion », l’on admettra alors que « l’un des éléments ou plusieurs d’entre eux [i.e. : la ville du Tiers Monde, la ville du Sud, la ville d’Europe Méditerranéenne, la ville d’Afrique du Nord, la ville orientale, la ville arabe, la ville musulmane, etc.] – peuvent demeurer identiques (conserver la même découpe, les mêmes caractères, les mêmes structures), mais appartenir à des systèmes différents de dispersion [la ville occidentale, la ville du Sud et, donc, finalement la ville méditerranéenne] et relever de lois de formations distinctes » (Foucault, 1969 : 226).
       Ainsi s’est exprimé, dans un article intitulée « Méditerranée et les villes de la Méditerranée », Roland Courtot, en présentant en 2001 un bilan des travaux sur les villes parus dans la revue Méditerranée, pour le numéro spécial « 40 ans de géographie méditerranéenne » :
 
« La lecture de ces nombreuses pages sur les villes méditerranéennes permet-elle de répondre à la question de savoir s’il existe ou non un modèle, un archétype de « ville méditerranéenne », au sens où il existe, dans les manuels de géographie urbaine, une ville « européenne », « américaine », « chinoise » ? Jusqu’ici d’ailleurs personne parmi les géographes ne s’y est risqué, même si suffisamment de caractères spécifiques ont été pointés pour que « la » ville méditerranéenne existe au moins dans l’imaginaire collectif ». (Courtot,  2001 : 37).
Raffaele Cattedra
EA GESTER, Université Montpellier 3 / Université de Cagliari
 
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1. J’emploie ici paradigme en empruntant au moins deux des significations proposées par T. S. Kuhn  1970 : d’une part, en tant que mythe fondateur d’une communauté scientifique et, d’autre part, en tant qu’élément constituant une matrice disciplinaire ; à ce titre, il véhiculerait un imaginaire scientifique, ce dernier étant susceptible, d’assumer une configuration à visée téléologique : la croyance en la « réalisation d’une promesse » (Dematteis 1985 [1994 : 102]). Voir aussi Bernard, 2003.
2. C’est-à-dire selon Foucault la manière dont un « événement » s’engendre à travers un processus auquel concourent discours, pratiques, idéologies, institutions, actions contextualisés dans l’histoire et le social, si bien qu’il trouve finalement ses « conditions  d’apparition » dans le présent (Foucault, 1969).

 

 

 

 

3. Sur les rapports entre ces deux notions du vocabulaire de Foucault, la première utilisée explicitement  dans les titres de trois ouvrages jusqu’au début des années 1970, la seconde posant la question de la dispersion plutôt que de la linéarité/continuité de l’apparition des objets dans l’histoire, et de leur actualisation dans le présent à la croisée de plusieurs champs : l’ontologie historique, le pouvoir, l’éthique, voir Revel, 2002 ; Foucault, 1969 : 80.
4. Cf. à ce propos : Sinarellis  et Bourguet (1998),  Deprest (2002), Cattedra, 2003 ;  2008 ; 2009.
5. Toujours d’après le vocabulaire de Foucault, 1969 : 80. 
6. Muscarà, 1978 ; Villes en parallèle, n°30-31 1978, Lefebvre, Régulier, 1986 ; Leontidou, 1990 et 1993 ; Serra, 1993 ; Clementi, 1995 ; Doumenc, 1995 et 1997 ; Miossec, 1997 ; Troin, 1997 ; Vallat, 1998 ; Corna-Pellegrini 1998a, 1998b ; Voiron-Canicio, 1999 ; Béthemont, 2000 ; Nicolet, Ilbert et Deapule, 2000 ; Moriconi-Ebrard, 2000 ; Escallier, et Ferrier & Donaint, in Lozato-Giotart, 2001;  Plan Bleu (Chaline,  2001 ; Moriconi, 2001) ; Escallier, 2002 ; Froment, in Borne, Scheibling, 2002 ; Carrière, 2002. Je n’ai pas retenu ici les travaux ne portant que sur « une partie » de l’aire méditerranéenne et qui s’attachent à analyser plus particulièrement les villes ou les phénomènes urbains de telle ou telle sous-région  (Europe méditerranéenne, Maghreb, Proche-Orient, Balkans etc), ni, les nombreux numéros monographiques de revues et périodiques plus ou moins spécialisés sur la Méditerranée. A titre indicatif : Méditerranée. Revue géographique des pays méditerranéens; Cahiers de la Méditerranée; Rives nord-méditerranéennes; Espaces et territoires. Bulletin de la société languedocienne de géographie; Peuples Méditerranéens; Villes en parallèle; Confluence Méditerranée ; Nord e Sud ; Africa e Mediterraneo, puis Afriche e Orienti ; Civiltà del Mediterraneo ; Méditerranéennes / Mediterraneans ; La pensée du Midi
7. La Fondation René-Seydoux a recensé en 1999, dans son Répertoire méditerranéen, 800 centres ou organismes, couvrant plus de 80 domaines des sciences humaines et sociales et des sciences appliquées ; parmi eux, ceux qui se consacrent à l’architecture et à l’urbanisme, à l’aménagement du territoire et à la géographie humaine ne sont pas moins de 150 en activité, dans 43 pays.
8. L’Europe Méridionale (I, 1875), La France (II, 1877), L’Asie Antérieure (IX, 1884), L’Afrique septentrionale (X et XI, 1885 et 1886) -, ainsi que dans des chapitres de son ouvrage précédent La Terre (II Vol : 1867-1868).
9. Ce chapitre est constitué d’une vingtaine de pages (33-52) et est structuré en trois parties : I – « La forme et les eaux du bassin » ; II – « La faune, la pêche et les salines » ; III – « Commerce et navigation ».
10. Roncayolo & Paquot, 1992 ; Pelletier Ph.  1999 ; Boino, 1999 ; Steele T., 1999.
11. La lecture organiciste de Reclus tout en intégrant une interprétation évolutionniste (du village, à la ville, à la cité), mais – faut-il le remarquer – qui est en relation avec l’évolution de la « lutte des classes », est adoptée de manière ambivalente, à la fois comme figure métaphorique du discours que comme paradigme d’analyse. La vision ou le langage organiciste façonnera néanmoins le vocabulaire urbain durant tout le XXe siècle, en adoptant à la fois la comparaison anthropomorphe de la ville, où ses parties seront déclinées en cellules, trames, organes (cœur, poumons…], physiologique (circulation, flux), ou pathologique (macrocéphalie, dégradation physique, morale, cancer tentaculaire… ).
12. Ce phénomène – déjà repéré dans son ouvrage La Terre (1869 : T.2 : 656), à propos de la descente vers la côte des village de colline en Sicile ou d’Espagne), est évoqué en ces termes dans L’Homme et la Terre (1905 : T V. 336) : « L’appel du commerce et la répression de la piraterie ont changé de place beaucoup de cités bâties sur le littoral rocheux de la Méditerranée. Jadis elles étaient perchées sur d’âpres collines et ceintes des murailles épaisses pour se défendre contre les seigneurs et les corsaires ; maintenant, elles sont descendues de leurs rocs et s’étalent largement sur le bord de la mer : partout le borgo est devenu marina ; à l’acropole succède le Pirée ».
13. Notamment : Istanbul, Salonique, La Valette, Venise, Marseille, Tanger, Le Caire, Jérusalem.
14. Annales d’Histoire Sociale, 11 janvier 1940 : 70.
15.  Braudel reprendra cette idée dans d’autres essaies : « La Méditerranée, ce sont des routes de mer et de terre, liées ensemble, des routes autant dire des villes, les modestes, les moyennes, et les plus grandes se tenant toutes par la main » (Braudel, 1985 [1977] : 76).
16. « On voit combien les routes de Méditerranée ont agrandi démesurément l’espace exploité par les villes et les marchands de la mer Intérieure » (Braudel, 1985 [1977] : 79).
17. Et cette vision, héritière d’un Elisée Reclus trop souvent oublié, nous la retrouvons encore, dans les termes suivants, chez M. Aymard : « Bien plus encore qu’au climat, à la géologie, au relief, la Méditerranée doit son unité à un réseau de villes et de bourgs précocement constitué et remarquablement tenace : c’est autour de lui que s’est construit l’espace méditerranéen, c’est lui qui l’anime et le fait vivre. Les villes ne naissent pas de la campagne, mais la campagne des villes, qu’elle suffit à nourrir » (Aymard, 1985 [1977] : 194 : « Espaces»).
18. M. Aymard ([1977], 1985: 203-04 : « Espaces») développe ainsi cette idée: « L’urbanisme moderne est né en Méditerranée, dans la Grèce du Ve siècle, avec Hippodamos de Milet, inventeur des plans en damiers. Il y a triomphé à chaque époque de standardisation culturelle, où la reproduction systématique d’un modèle établi et jugé supérieur, prend sur le développement spontané une sorte de revanche : la Grèce hellénistique, Rome, la Renaissance et l’âge baroque, notre monde contemporain. Plus que des nécessités fonctionnelles, haussmanniennes avant la lettre, il y proclame la pleine transparence  de l’espace habité par les hommes : la victoire de l’ordre sur le signe de l’esprit ».
19. L’expression est de F. Farinelli (2003 : 132 § « Tra mito e archetipo : che cos’è una città »).
20. Table ronde « Penser la Méditerranée : des mythes aux enjeux actuels », Xe Université d’été du Conseil Français des Urbanistes en 2005 (CERTU, 2006).
21. Sur la lingua franca en Méditerranée voir Dakhlia, 2008.
22. « Tout le monde le dit, tout le monde sait que les « premières civilisations » sont nées dans la Méditerranée orientale du Proche-Orient » (Braudel, 1985 [1977] : 83 : L’Aube»).
23. Le « foyer » constitue d’ailleurs le deuxième des sept « modèles de Méditerranée » proposés par Roger Brunet  (1995) : 1 « le lac », 3 « le détroit », 4 « l’isthme », 5 « les croissants », 6 « la barrière », 7 « le chott ». Ces figures représentent pour Brunet des « situations théoriques » qui émergent de l’analyse géopolitique des relations entre les structures territoriales de la Méditerranée.
24. Braudel écrit que « la civilisation […] n’est pas seulement une religion, bien que celle-ci soit au cœur de tout système culturel, elle est un art de vivre, des milliers d’attitudes qui se répètent » (Braudel, 1985 : 164  [1977] ) ; dans ses derniers ouvrages il accordera un rôle important au monde phénicien, à la suite des résultats des fouilles archéologiques conduites dans les années 1960-70 et aux travaux de S. Moscati, mettant en évidence la concurrence de ces derniers avec les Grecs (cf. aussi 1998). Mumford (1961) rappelle par ailleurs comment ,s’est construit le mythe et le rôle prétendu supérieur de la polis grecque au cours du XIXe aux dépens d’autres civilisations contemporaines comme celle de l’Egypte antique.
25. Voir à propos : Roussillon, 1990.
26. D. Chevalier, encore à la fin des années 1970, s’efforçait de convaincre qu’« une véritable organisation urbaine existe dans les pays arabes ; elle a été imposée par le corps social et par la vie de celui-ci ». (Chevallier, 1979b : 8 ; 1972).
27. A titre d’exemple on rappellera les débats qui ont animé le premier colloque consacré aux « Capitales et métropoles méditerranéennes », dont les actes furent édités par la revue Villes en Parallèle en 1978 (n° 30-31), et qui avait vu la participation de nombre de géographes et d’urbanistes de renommée. Il est utile de remarquer outre la référence aux théories économiques  « centre vs périphérie », le discours de Guy Burgel qui met en exergue l’idée des « analogies » entre les formes de croissance « des capitales de la Méditerranée septentrionale » et de celles des « pays moins développés ». Cette relation pose ainsi la question de la filiation et de la réciprocité des interrogations entre le Tiers Monde et le Monde méditerranéen – ce dernier généralement dénommé « bassin » au cours des débats. Ensuite il s’agit de considérer la question du « modèle », évoquée à plusieurs reprises. Ainsi, dans la conclusion du colloque, Pierre George déclare, quant à lui, que l’ensemble des « caractéristiques » soulignées au cours de la rencontre (faiblesse des réseaux urbains, enlisement des d’investissements et faiblesse de l’industrialisation, origine foncière de la classe dirigeante, fluidité de la classe moyenne et reproduction du sous-prolétariat) « évoquent incontestablement les problèmes structurels des villes d’Amérique latine ». (Compte rendu des discussions du colloque in Bulletin de l’Association des Géographes Français, n° 454, 1978 : 247 et 255).
28. Pour une critique de cette posture cf. Abu-Loghood, 1987.
29. Cette idée, souvent admise pour interpréter le retard ou l’absence de l’industrialisation, voire le sous-développement des villes du méditerranéennes (dans la figure de la divergence), doit être bien nuancée, car un plusieurs d’entre-elles ont connu dans les décennies à cheval entre le XIXe et le XXe siècles des transformations et d’importantes opérations d’urbanisme expérimentales et modernes, comme le montrent plusieurs travaux sur le Caire (Arnaud, 1998), Naples (Parisi, 2003), Barcelone (Cerdà), Marseille, Alexandrie (Ilbert, 1996), voire Alger, ou Casablanca (Cattedra, 1990).
30. Ces thèses, notamment la deuxième, sont avancées par des auteurs comme L. Leontidou (1990 ; 1993) ou C. Minca (2004, 2005) ; voir à ce propos : Coppola, 1996 ; Porcaro (2005 : 118-121) ; Lamberti (2004), Borghi (2008), Chambers (2007). Elles s’inscrivent plus récemment dans les approches des études post-coloniales de matrice anglo-saxonne.
31. On signalera, à titre d’exemple et de manière non exhaustive, les diverses interprétations de : Muscarà, 1978 ; Lefebre & Régulier 1986 ; Clementi, 1995 ; Kayser, 1996 ; Troin 1997 ; Cornna-Pellegrini, 1998 ; Nicolet, Ilbert, Depaule, 2000 ; Escallier, 2001 ;  Chaline, 2001 ; Carrière, 2002 ; Crozat, Viala, Volle, 2006 ; Viganoni, 2007.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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