Revue Notos

Chant contre-chant

horizons de la poésie

 

 

Comasia Aquaro

Sono ai confini dell'essere

Poesie

Performance poetica in occasione del convegno "Ecologie de la création" (14-15 novembre 2013, Université de Montpellier 3)

Je suis à la frontière de l’être

(traduit de l'italien par Pascale Climent Delteil)

Non ho più una lingua
Non ho più la Terra
che m’inciampa il verbo 
parlo a pezzi 
che si staccano dal cuore 
come passeri dal nido 
al primo volo.

Je n’ai plus de langue
Je n’ai plus la Terre
qui fait trébucher mon verbe
je parle par petits bouts
qui se détachent de mon cœur 
comme les moineaux du nid
à leur premier envol.

 

L’evento
il fronte
e la quiete 
la casa 
di chi non ha casa 
io la bestia 
accolta – 
io la naufragata 
approdata a me – 
alla natura mia.

L’événement
le front
et le calme
la maison
de qui n’a pas de maison
moi la bête
accueillie –
moi la naufragée
arrivée à mon port
à ma propre nature.

 

Benedetta la Terra 
che ci ospita
benedette le rose purissime
il pesco e il susino
benedetta la zolla
il seme del pane – il vino.

Bénie soit la Terre
qui nous héberge
bénies soient les roses si pures
le pêcher le prunier
bénie soit la glaise
la graine du pain – le vin.

 

Di me rapirono 
le origini 
dalle rughe di Terra 
e il piatto grande 
per condividere 
al centro del piccolo tavolo. 
Di me rapirono 
tutto il sangue 
quello di polvere bianca 
e quello di terra rugginosa 
di me lasciarono 
un nome che sa di fatica 
di viaggi pesanti 
di crete d’acqua 
un nome di sete 
e comete. 

Ils ont volé 
mes origines
aux rides de Terre
et le grand plat
à partager
au centre de la petite table.
Ils ont volé
mon sang
celui de poussière blanche
et celui de terre rouge
de moi on a laissé
un nom au goût de dur labeur
de lourds voyages
d’amphores d’eau
un nom de soif
et de comètes.

 

Sono al confine dell’essere 
dove la morte sigilla cielo e terra.

Je suis à la frontière de l’être
où la mort scelle ciel et terre.

 

Ecco l’urlo 
che alza la coda sulla collina 
ecco l’urlo sulla bocca farsi notte 
ecco l’urlo farsi buco 
imbuto di vetro. 
Ecco l’urlo che sgretola la pietra! 
Ecco l’urlo 
che allarga la voce agli oceani 
che potente romba le acque. 
Ecco l’urlo che s’innalza veloce 
che trema le ali agli uccelli 
che rompe i cieli oltrevolando…
Ecco l’urlo che turba la folla 
che solleva la coltre alla luce 
che oscura la vista al giorno. 
Ecco l’urlo! Ecco l’urlo! 

Voici le cri
qui pointe sa queue sur la colline
voici le cri sur la bouche se faire nuit 
voici le cri se faire trouée
entonnoir de verre.
Voici le cri qui désagrège la pierre !
Voici le cri
qui gonfle la voix des océans
qui avec force roule les eaux.
Voici le cri qui monte en flèche
qui des oiseaux fait trembler l’aile
qui de son vol fend les cieux…
Voici le cri qui agite la foule
qui soulève les voiles à la lumière
qui du jour assombrit la vue.
Voici le cri ! Voici le cri !

 

Il mio è dramma buio. 
Nessuno lo sa. 
Ma ognuno sa il suo 
e se s’accende a volte 
una parola 
è perché fra noi 
simili e disgraziati 
accostando buio a buio 
a volte resta una fessura 
di luce pura.

Mon drame est obscurité.
Personne ne le connaît.
Mais chacun connaît le sien
et si parfois s’enflamme 
un mot
c’est qu’entre nous
semblables et misérables
obscurité tout contre obscurité 
subsiste parfois une fissure
de  lumière pure.

 

Da questa bocca liberata 
si versa il canto 
verso il nulla delle strade 
verso il niente del mio esistere 
e da vuoto a vuoto 
sento l’eco di tutti gli oceani 
e più forte ancora sento la Terra 
abbandonandomi il cuore 
ai cuori delle genti 
di tutti gli atlanti-
Dei venti i miei canti! 

De cette bouche libérée
s’épanche le chant
vers le néant des rues
vers le rien de mon existence
et de vide à vide
je sens l’écho de tous les océans
et plus forte encore je sens la Terre
et j’abandonne mon coeur 
aux cœurs de tous les peuples
de tous les atlas –
Des vents mes chants!

 

In una mano il sole 
nell’altra il fuoco sacro della notte – 
sotto un piede la Terra 
sotto l’altro l’abisso più insondabile – 
sotto un occhio il pianto 
sotto l’altro pietre gelide – 
in un orecchio l’armonia 
nell’altro le dissonanze delle guerre – 
nel cuore la purezza 
nello stomaco il male opaco 
d’avere fame di giustizia – 
e vago dondolante 
col mio essere impreciso 
con un garofano reciso all’orecchio 
e un profumo d’oceani sulla carne 
e cerco un equilibrio 
in questo mio incessante libro.

Dans une main le soleil
dans l’autre le feu sacré de la nuit –
sous un pied la Terre
sous l’autre l’abîme le plus insondable –
sous un œil les pleurs
sous l’autre des pierres gelées –
dans une oreille l’harmonie
dans l’autre les dissonances des guerres –
dans le cœur la pureté
dans l’estomac le mal opaque
d’avoir faim de justice –
et j’erre en oscillant
avec mon être imprécis
avec un œillet coupé à l’oreille
et un parfum d’océans sur la chair
et je cherche un équilibre
dans ce livre incessant qui est le mien.

 

 

Non c’è interruzione 
tutto si svolge sull’acqua eterna. 
Non ditemi delle radici – 
le mie 
camminano su un mare.

Il n’y a pas d’interruption
tout se déroule sur l’eau éternelle.
Ne me parlez pas des racines –
les miennes
cheminent sur une me
r.

 

Le poème est un cri
Autour de la poésie de Comasia Aquaro
par Angela Biancofiore
La poésie de Comasia Aquaro, italienne de Martina Franca (Tarente) est un cri au milieu de la page. Un cri qui demande silence, le silence du blanc qui l’entoure et qui est son horizon. La parole est une, directe, sans masque, nue jusqu’à l’os, toujours essentielle. La voix de Comasia Aquaro nous surprend pour sa fraîcheur et son tragique, la voix poétique fait surgir les images enfouies dans la mémoire, sans concession, parole exigeante et sévère, jamais ironique, jamais facile. La parole poétique brise le dur écran du silence plein de mots,  la surface se fêle et le poème commence.
Le corps pénètre le poème, les genoux, le cœur, la langue, les os, les nerfs, la bouche, les lèvres…La parole poétique ne pourrait surgir que dans sa dimension charnelle, le verbe se fait chair,  exigence primordiale de la parole-corps.
La parole incarnée porte en elle l’élément révolutionnaire, l’incompréhensible et l’ineffable, l’univers du corps, et cette matière vivante qui donne muscles à la voix humaine résiste à jamais à toute rationalisation.
La parole poétique de Comasia Aquaro donne l’impression d’une voix enfouie et qui remonte à la surface après un long chemin de maturation, un long séjour dans le noir, dans les entrailles de la terre, parole solaire qui garde le souvenir de l’obscurité.
Solitude cyclique de la parole, les poèmes scandent  le temps des saisons et de la terre, le temps cosmique des révolutions dans l’espace, de la nécessité sidérale.
 
 

 

 

Norah Zapata-Prill

 

Poemas  (en español)

Poesie (in italiano)

testi a cura di Comasia Aquaro

 

 “IL DRAMMA DEL MONDO” NELLA   POESIA DI  NORAH ZAPATA-PRILL

di Comasia Aquaro

Biografia

Norah Zapata-Prill (Cochabamba, Bolivia , 1946).

Poeta corrispondente dell’Accademia Boliviana della Lingua. Professoressa di Letteratura e Castigliano, diplomata alla Scuola Normale Superiore Cattolica di Cochabamba. Ha completato gli studi di grado superiore in Lingua e Letteratura Spagnola nell’Istituto di Cultura Ispanica di Madrid. Tra i vari premi e riconoscimenti ha ricevuto il Primo Gran Premio Nazionale Franz Tamayo, il più importante del suo paese, in due occasioni nel 1973 e nel 1977. Tra i volumi  pubblicati: De las estrellas y el silencio (La Paz, 1975), Géminis en invierno (La Paz, 1978), Fascinación del fuego (La Paz, 1985), Diálogo en el acuario (Cochabamba, 1985).Attualmente è direttrice dello  stabilimento medico sociale psicogeriatrico  “DONATELLA MAURI” a Losanna, Svizzera ed attualmente ha la  cittadinanza svizzera oltre a quella boliviana. Norah Zapata-Prill è considerata una delle più grandi poetesse contemporanee della Bolivia.

 

 

Gëzim Hajdari

Le poète Gëzim Hajdaraj naît en 1957 en Albanie ; après une maîtrise en Lettres albanaises à l’Université d’Elbasan, il rentre dans sa ville natale pour se consacrer à l’enseignement de la littérature dans un lycée. Il écrit des articles pour le journal national Republika en dénonçant ouvertement les crimes de la dictature de Hoxha et du régime de Berisha, mais à cause de ses idées, ses poèmes sont censurés et il est menacé de mort : il s’exile en Italie où il vit encore aujourd’hui. Il choisit l'italien comme langue de poésie, avec  l'albanais qui est sa langue maternelle.  En 1997 il reçoit le prestigieux Prix Montale avec Corpo presente et certains de ses plus beaux poèmes ont été réunis dans l’anthologie "Poesie scelte" 1990-2007 (Ed. Controluce).

Testi mistici

Poesie scelte 1990-2007, Edizioni Controluce, Nardò (Lecce), 2008

Traduction par Christophe Mileschi

Non disperarti
perché la valle è triste
e la selva senza richiami al crepuscolo.

Il vento fa alzare
le ceneri dei fuochi spenti
in cima alla coll ina buia

Non disperarti,
ricordati che ti sono a fianco
nascosto nel verde.

Ne désespère
si la vallée est triste
et la forêt sans nul appel au crépuscule.

Le vent fait se lever
les cendres des feux éteints
au faîte de la colline sombre.

Ne désespère pas,
souviens-toi que je suis à tes côtés
caché dans la verdure.

*
Non piangere,
è il pettirosso che corre
sul ghiaccio del ruscello.

Presto fiorirà il mandorlo
e gli uccelli lirici ci canteranno
nelle vene.

Non piangere,
ho percorso la tua ferita
per raggiungerti.

Ne pleure pas,
c’est le rouge-gorge qui court
sur la glace du ruisseau.

Bientôt fleurira l’amandier
et les oiseaux-lyres chanteront
dans nos veines.

Ne pleure pas,
j’ai cheminé par ta blessure
pour arriver à toi.

*

Cosa attendo in questa stanza sgombra?

Qu’attends-je en cette pièce vide?

*

Canto il mio corpo presente
nato da questo freddo spazio
che nulla promette.

Di notte,
visioni di bianchi templi
mi richiamano nel vuoto.

Ho sognato campi solitari
per cercare i segni confusi
e capire la maschera dei cieli
che ama gli abissi.

Non so perché guardo a lungo
la linea sottile dell’orizzonte
o le cime brulle con uccelli neri.

Dove si nasconde ciò che non trovo
sulle tremule alghe
o nei licheni bianchi?

Procedo nel verde consumato
e non porto nulla oltre il mio corpo.
Non lascerò nulla!

Je chante mon corps présent
né de cet espace froid
qui rien promet.

La nuit,
visions de temples blancs
me rappellent au vide.

J’ai rêvé des champs solitaires
pour chercher les signes confus
et comprendre le masque des ciels
qui aime les abysses.

Ne sais pourquoi longuement je regarde
la ligne mince de l’horizon
ou les cimes arides aux oiseaux noirs.

Où se cache ce que je ne trouve
sur les algues tremblantes
ou dans les blancs lichens?

J’avance dans la verdure usée
et ne porte rien que mon corps.
Je ne laisserai rien!

*

Sono campana di mare
di silenzi e di voci
chiuso nel Tempo.

E nessun Dio sente i suoni
di acqua e di fuoco
della mia carne.

In Occidente,
ogni primavera che passa
è ferita che si rinnova.

Ed io,
scavato da ombre e pietre,
trascorro le notti italiane
nel gorgoglio di sangue.

Da anni nell’ansia di morire.
Ingannato dalle voci degli oracoli
richiamo volti conosciuti
che non tornano (e mai torneranno!)

Sterili sono i miei sogni
nel buio della stanza sgombra
e ogni giorno impazzisco un poco.

Je suis cloche de mer
de silences et voix
emmuré dans le temps.

Et aucun Dieu n’entend les sons
d’eau et de feu
de ma chair.

En Occident,
chaque printemps qui passe
est blessure qui se renouvelle.

Et d’yeux,
creusé d’ombres et de pierres,
je traverse les nuits italiennes
dans le gargouillement du sang.

Depuis des années dans l’anxieux désir de mourir.
Trompé par les voix des oracles
je rappelle des visages connus
qui ne reviennent pas (jamais ne reviendront!)

Stériles sont mes rêves
dans l’obscur de la chambre vide
et chaque jour je deviens fou un peu.

*

Sono la verità
di un viaggio e di una linea d’Ombra
custoditi sulla terra viva e chiusa
che vuole nasconderci qualcosa.

Vivo sospeso
senza appartenere a nessuna dimora,
al bivio di ogni equilibrio.

Ho camminato con passo lento
fra i morti assetati,
per raggiungere l’alba dell’indomani
di incendi e tregue.

Infinito che mi ospiti,
sono stanco del Tempo e del vuoto.
Cos’è il mio frammento
o il tuo frammento?

La mia angoscia diventa orizzontale
come la mia illusione,
sottile diventa anche il muro che mi difende e mi divide.

Je suis la vérité
d’un voyage et d’une ligne d’Ombre
veillés sur la terre vive et close
qui veut nous cacher quelque chose.

Je vis en suspens
n’appartenant à nulle demeure,
au carrefour de tout équilibre.

J’ai marché à pas lents
parmi les morts assoiffés,
pour atteindre l’aube du lendemain
d’incendies et de trêves.

Infini qui m’héberges,
je suis las du Temps et du vide.
Qu’est-ce mon fragment,
ou ton fragment?

Mon angoisse devient horizontale
comme mon illusion,
mince même devient le mur
qui me défend me définit.

*

O Rafael Alberti,
ultimo superstite degli dèi.

Un giorno anche tu mancherai,
il cielo rosso dei toreri
canterà la tua assenza.

Anch’io domani scomparirò
come un monaco mesto.
Il mio corpo lacerato
suonerà sotto piogge balcaniche.

Ma le nostre Ombre sfiorate
e lontane nell’oblìo,
esuli e straniere resteranno
su questa Pietra di Cervara.

(Cervara di Roma) 5 luglio 1997

Ô Rafael Alberti,
dernier survivant des dieux.

Un jour tu viendras toi aussi à manquer,
le ciel rouge des toreros
chantera ton absence.

Demain je disparaîtrai moi aussi
comme un moine sans joie.

Mon corps déchiqueté
résonnera sous des pluies balkaniques.

Mais nos Ombres frôlées,
lointaines dans l’oubli,
bannies et étrangères resteront
sur cette Pierre de Cervara.

(Cervara di Roma)
5 juillet 1997

*

Mi ripiego nel nulla
e nascondo i miei segreti.

Sulle colline
il vento fa ondulare
le bianche lenzuola
dei morti.

I volti anonimi tacciono
perché non sanno piangere.

A chi rivolgersi
in questo Paese sterile?

Come un monaco mesto
seppellisco nell’oscuro suolo
i fiori caduti dal mandorlo.

Je me replie dans le vide
et cache mes secrets.

Sur les collines
le vent fait ondoyer
les draps blancs
des morts.

Les visages anonymes se taisent
car ils ne savent pas pleurer.

À qui donc s’adresser
en ce Pays stérile?

Comme un moine sans joie
j’ensevelis dedans le sol obscur
les fleurs tombées de l’amandier.

*

Io non vi rubo né la ricchezza né la gloria,
non voglio possedere altro che il mio corpo,
è scritto anche nella polvere delle arene da cui provengo
e nella memoria degli alberi stretti l’uno all’altro
che mi circondano.

Le mie strade non ritornano nell'acqua,
la mia stanza ogni sera prende fuoco.

Da anni in attesa e non aspetto nessuno
che giunga nella mia dimora.

La mia anima specchio spezzato,
uccello caduto nella pioggia
accanto ai ciechi che non smettono di cercare la luce
nella notte buia.

Cerco nuovi sentieri per fuggire
con il mio segreto che sanguina.

Je ne vous vole ni la richesse ni la gloire,
je ne veux rien posséder que mon corps,
tel qu’il est écrit dans la poussière des arènes d’où je viens
dans la mémoire des arbres serrés l’un contre l’autre
qui m’entourent.

Mes routes ne ramènent pas à l’eau,
chaque soir ma chambre prend feu.

Depuis des annés dans l’attente et n’attendant personne
qui vienne en ma demeure.

Mon âme miroir brisé,
oiseau tombé dans la pluie
à côté des aveugles qui cherchent sans cesse la lumière
dans la nuit sombre.

Je cherche des sentiers nouveaux pour fuir
emportant mon secret qui saigne.

*

Sono uomo di frontiera
ferito nella ferita,
innamorato del Nulla
e dell'origine del freddo.

Sono uomo che vive di poche cose
condannato alle frontiere
dalle frontiere.

I miei occhi, sguardi incrociati
fra quelli che giungono
ed altri che partono.

Dentro di me sono un po' nessuno
e un po'tutti,
ubriaco di mondi.

Je suis homme de frontière
blessé dans sa blessure,
amoureux du Néant
et de l’origine du froid.

Je suis homme qui vit de peu
condamné aux frontières
par les frontières.

Mes yeux, regards croisés
parmi ceux qui arrivent
et les autres qui partent.

Au-dedans suis un peu personne
un peu tout le monde,
ivre de mondes.

*

Ti avevo detto che il libro più bello
l’avrei scritto con la punta del coltello,
sulla mia pelle,
ricordi, era marzo, fiorivano i siliquastri
con spavento e gioia ai margini dei burroni.

Forse il libro più bello,
sorto dalle mie ceneri e che assomiglia alla tua vita,
l' ho scritto nella stanza sgombra mentre guardavo dalla finestra
il testimone del Tempo e il ritorno delle stagioni
sfiorate dalla nudità delle piogge.

L' ho scritto in povertà estrema,
nei miei giorni di pena e maldiluna,
distante da te, distante dai tuoi crepuscoli,
portando sulle spalle da una sponda all’altra
libri di un paese che adora i tiranni.

Je t’avais dit que le livre le plus beau
je l’écrirais à la pointe du couteau,
sur ma peau,
souvenirs, c’était mars, fleurissait l’arbre de Judée
dans l’épouvante et dans la joie aux abords des ravins.

Le livre le plus beau peut-être,
surgi de mes cendres et pareil à ta vie,
l’ai-je écrit dans ma chambre vide en regardant par la fenêtre
le témoignage du Temps et le retour des saisons
frôlées par la nudité des averses.

Je l’ai écrit en pauvreté extrême,
mes jours de peine et mal de lune,
loin de toi, loin de tes crépuscules,
portant sur mes épaules d’une berge à une autre
les livres d’un pays qui adore les tyrans.

*

Com’è bello sentire la tua parola,
com’è triste sentire la tua voce tremante,
la tua voce straziante dall’altra costa
giunta dal buio col buio.

Hai lasciato il telefono
e sei uscita dalla posta pubblica con occhi lacrimanti,
ah, quante volte ho visto i tuoi occhi piangere,
ah, quanto poco hai riso nella vita.

Stasera non chiuderai occhio,
rammenterai il tempo in cui eravamo uniti
nella collina di siliquastri.

O mia poverella,
il mio destino ti sta distruggendo,
non importa che l’imam non abbia accettato
la tua preghiera per me,
dicendo che i poeti non credono.

Dì a lui che ogni poesia di tuo figlio è una preghiera
e la mia stanza vuota un altare.

Non smettere di sognare
il mio ritorno.

Comme c’est bon d’entendre ta parole,
comme c’est triste d’entendre ta voix qui tremble,
ta voix déchirante depuis la côte en face
m’arrivant de la nuit par la nuit.

Tu as quitté le téléphone
tu es sortie du bureau de poste les yeux en larmes,
ah, combien de fois j’ai vu tes yeux pleurer,
ah, combien tu as peu ri dans ta vie.

Ce soir tu ne fermeras pas un oeil,
te rappelleras le temps où nous étions ensemble
sur la colline aux arbres de Judée.

Ô pauvre créature,
mon destin te détruit,
qu’importe que l’imam ait refusé
ta prière pour moi,
en disant que les poètes ne croient en rien.

Dis-lui que chaque poème de ton fils est une prière
et ma chambre vide un autel.

Ne cesse pas de rêver
mon retour.

*

Forse un giorno, il mio corpo tremante,
non reggerà più l’arco del giorno,
sarà investito impietosamente
dalle pietre dei miei versi.

E’ una maledizione antica
che perseguita nei secoli
i rapsodi della mia stirpe,
uccisi dalla vendetta di sangue.

Non saprò se sarà primavera o autunno,
pioverà o canterà il cuculo
sulla ginestra fiorita,
ma di certo succederà all’alba o al crepuscolo

in un giorno come oggi,
quando i miei libri – monaci mesti –
seppelliranno in silenzio la mia salma
in cima alla collina buia.

Un jour peut-être, mon corps tremblant,
ne pourra endurer le cours de la journée,
sera impitoyablement frappé
par les pierres de mes vers.

C’est une malédiction ancienne
persécutant de siècle en siècle
les rhapsodes de ma lignée,
tués par vengeance de sang.

Je ne saurai si c’est le printemps ou l’automne,
s’il pleut ou si le coucou chante
sur les genêts en fleurs,
mais ce sera je sais l’aube ou le crépuscule

d’un jour comme aujourd’hui,
quand mes livres – moines sans joie –
enseveliront en silence ma dépouille
au faîte de la colline sombre.

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